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Publié le 22 Juillet 2017

C'était la photo parfaite

La brasserie était en pleine effervescence en ce dimanche d’été. Pénélope y pénétra joyeusement entourée de tous les siens. Le serveur les conduisit à l’étage sous la voûte de mosaïques en lapis-lazuli. Elle adorait ce cadre art déco et cette ambiance décontractée-chic où elle se sentait à l’aise.
Nicolas tira galamment la chaise de son épouse et la gratifia d’un si madame veut bien se donner la peine qui fit sourire les convives.
Le repas démarra sur le ton de la bonne humeur et elle se dit qu’il était agréable de temps à autre d’être mise à l’honneur.
Les plats se succèdent délicieux et raffinés, Nicolas prenait son rôle très au sérieux en remplissant les verres et en faisant résonner la salle de son rire inimitable.
En face d’eux, leurs filles magnifiques dans leurs petites robes colorées conversaient avec leurs cousins. La famille parla de tout et de rien et puis le père de Pénélope entama le couplet politique. La mère de la jeune femme lui fit instantanément les gros yeux et lui se renfrogna en disant que si ça n’intéressait personne, il n’avait plus qu’à se taire. La table gloussa de cette scène familière.
Garçon lança-t-il, pour se donner une contenance!
Pénélope, lui souffla que ça ne se faisait plus d’interpeller ainsi le serveur.
Comment veux-tu que je l’appelle répondit le vieil homme pas loin de bouder à nouveau?
Pour éviter un drame, son frère enchaîna sur quelques anecdotes. Elle prit un air faussement offusqué d’être à son tour sur la sellette mais en réalité, elle aimait entendre les histoires de sa naïveté.
Après déjeuner, ils entreprirent une partie de pétanque sous les platanes du parc. Nicolas s’apprêtait à pointer lorsqu’un couple de Japonais en villégiature dans la ville d’eaux les regarda curieux. Ils avaient l’air de se demander ce que faisaient ces femmes en talons et ces hommes en cravates avec des balles métalliques à la main. Nicolas s’appliqua à ne pas rater la boule. Un grand OH salua le carreau et lui se rengorgea de cette gloire éphémère.
La fin d’après-midi fut douce, on remonta tranquillement la galerie Napoléon en devisant gaiement. Pénélope était belle dans sa jupe en tweed rose, entourée de ses filles on aurait dit trois sœurs
Sa tante signala qu’elle ressemblait à Jacky Kennedy et ajouta sans rire que Nicolas était plutôt Giscard avec son crâne dégarni. Et lui qui n’en loupait pas une entonna un tonitruant bonsoi madam, bonsoir madmoisel, bonsoi messieur et fit claquer son index dans sa joue.
Le groupe se reforma pour charrier la tata, et toi tu serais la reine d’Angleterre lui dit un petit-cousin taquin.
Ils arrivèrent au pied de l’escalier majestueux de l’opéra tout blanc et posèrent sur les marches. Nicolas passa un bras protecteur autour de la taille de sa femme. Chacun pris place à leurs côtés, les grands derrière comme il se doit. Quelqu’un appuya alors sur le retardateur puis courut se placer dans un coin.
Les quarante ans bonheur de Pénélope s’imprimèrent à jamais sur cette photo parfaite.

 

Texte écrit dans le cadre du concours littéraire e-crire aufeminin 2016

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Publié le 12 Décembre 2016

Le miracle de Noël à la résidence Forward (Conte de Noël)

Cinq ans que Chelsea allait où la poussait ses missions d’intérim, incapable de rester plus de quelques semaines à la même place.

En ce mois de décembre, elle revenait travailler à la résidence Forward et comme chaque année elle se dit qu’ici, il y avait quelque chose de différent.

C’était peut-être cet esprit de Noël qui flottait dans l’air, c’était peut-être la proximité
de son village d’enfance, c’était peut-être la joie de revoir Mme Smith ? 

Onze mois durant, elle pensait souvent à Mme Smith avec la peur d’apprendre qu’elle était décédée.

Chelsea s’était instantanément attachée à cette résidente lorsque leurs regards s’étaient croisés pour la première fois.

Elle se revit sortant du secrétariat alors que la vieille dame en franchissait le seuil accroché au bras de sa fille Elle la revit toute menue dans son manteau trop grand, une petite valise à ses pieds, immobile, indifférente à l’agitation. Elle se revit dans sa blouse blanche toute neuve, son livret d’accueil dans les mains.

Chelsea sourit et la dame la regarda avec un regard de détresse qu’elle n’oublierait jamais.

Elles se retrouvèrent peu après dans une petite chambre vide. Mme Smith pleurait doucement, prostrée dans un fauteuil, elle n’avait pas voulu quitter son manteau. D’une voix suraiguë, elle appelait « Jenna » à intervalles réguliers. Sa valise était échouée sur le lit et sa fille était repartie. 

Chelsea s’agenouilla aux pieds de la nonagénaire et lui parla à voix basse. Mme Smith releva la tête et leurs yeux s’accrochèrent pour la deuxième fois.

N’ayez pas peur, je suis là lui dit-elle, vous êtes à la résidence pour personnes âgées, je vais vous aider à retirer votre manteau, vous devez avoir chaud ?

Apaisée par la voix calme, Mme Smith accepta de se dévêtir et d’ouvrir sa valise. Sur les vêtements pliés, Chelsea vit un cadre soigneusement enveloppé dans du papier de soie. Sur l’image en noir et blanc il y avait une famille des années cinquante, le père, la mère et deux fillettes. Tous les quatre portaient des chemisettes blanches et des canotiers. Ils étaient appuyés sur un muret en bord de mer. Au bas de la photo, il y avait une inscription Biarritz, France, 1949.

 Chelsea tendit le cadre à Mme Smith et elle la vit esquisser un sourire. Un doigt frêle souligna lentement chacun des personnages tandis qu’une petite voix énonçait : là c’est moi et mon mari et celle-là, c’est Jenna et là, voici Abby.

Mme Smith s’habitua assez rapidement malgré sa maladie d’Alzheimer qui progressait à grands pas. Bientôt elle ne put plus parler et un jour elle ne reconnut plus ses filles. Le couloir devint son nouveau domaine qu’elle arpentait du matin jusqu’au soir en serrant tout contre elle un sac à main en vieux cuir.

D’une année sur l’autre Chelsea retrouvait sa préférée, elle avait repris du poids et semblait sereine à Forward. Sa chambre était maintenant remplie de bibelots, de souvenirs, de photos.  

Mais ce 1er décembre 2016, Chelsea ne la vit pas dans son couloir bleu. Son cœur s’emballât, où était Mme Smith ? Elle suivait les avis d’obsèques, elle l’aurait su quand même si elle était morte !

Chelsea se renseigna et on lui de dit que Mme Smith était tombée tête première dans l’escalier et que si elle ne s’était rien cassée, elle n’avait plus jamais plus remarché depuis deux mois. Chelsea descendit au grand salon et elle eut du mal à se frayer un chemin entre les décorations qui encombraient le sol. Avidement, elle la cherchât des yeux et la vit soudain recroquevillée dans un coin. Elle vit son visage triste, ses yeux plissés, sa bouche contractée et ses rides qui se perdaient dans ses cheveux d’argent. Elle vit sa robe redevenue trop lâche qui recouvrait son corps amaigri. Comme une naufragée accrochée à un radeau, elle était agrippée à un ours en peluche. On aurait dit que toute sa vie avait migré aux bouts de ses doigts et que c’est pour ça qu’elle ne lâchait plus cet ourson qui la rattachait à la terre.

Le lendemain matin, Chelsea voulut aider pour la toilette et on lui répondit qu’on n’avait pas besoin d’elle. Elle referma la porte et elle ne sait pas pourquoi, elle resta là. C’est alors qu’elle l’entendit geindre de l’autre côté de la cloison. Chelsea comprit qu’on avait découvert Mme Smith et que le froid l’incommodait. Chelsea entrebâilla la porte au moment où le pauvre corps gourd de la résidente roula sur le côté et que la préposée aux soins lui posa les mains sur le métal glacé de la barre de sécurité. Mme Smith hoquetait presque imperceptiblement et son corps était si raide qu’on aurait dit une planche noueuse. Lorsqu’on la mit assise et qu’on voulut la lever, elle battit des bras pour chasser les mains qui la contenaient avec peine.  On lui fit plier les genoux dans un fauteuil que l’on roula ensuite en dehors de la chambre.

Les deux préposées virent alors Chelsea et lui demandèrent ce qu’elle faisait là.

Je l’ai entendu pleurer répondit simplement la jeune femme et elle demanda ensuite pourquoi les méthodes de soins bien traitantes n’étaient plus utilisées.

 Ses collègues haussèrent les épaules en rétorquant qu’on avait plus le temps.

Les jours suivants, Chelsea se débrouilla pour être affectée au couloir bleu et mit en œuvre toutes ses compétences pour parvenir à capter à nouveau les yeux gris de Mme Smith.

 Elle s’assit à ses côtés, prit le temps de lui parler, de la toucher avec précaution, de ne pas la découvrir complètement. Elle lui détailla tous les gestes qu’elle effectuait et ne cessa de lui dire des mots tendres pour qu’elle n’ait pas peur. Elle recouvrit la barre froide d’une couverture pour ce transfert si délicat nécessaire pour nettoyer le dos et les fesses. Puis elle la prit dans ses bras et la remercia de l’avoir si bien aidé dans ses soins matinaux.  

Peu après, assises toutes les deux au bord du lit, elles dialoguaient des regards quand soudain un bredouillage joyeux raisonna dans l’alcôve. Des mots mystérieux ne cessaient de sortir de la bouche fripée, elle semblait conter une histoire infinie. Chelsea répondait gaiement aux intonations de la vieille dame, ces deux-là conversaient et semblaient si heureuses de s’être retrouvées.

Quand elle la sentit prête, Chelsea la mit debout à l’aide d’une seconde soignante. Soutenue sous les bras, Mme Smith mit un pied devant l’autre et se mit à marcher à petits pas timides puis peu à peu assurés.

Arrivée à bon port, elle parlait encore, un sourire nouveau accroché à ses lèvres. Chelsea fut si émue qu’elle laissa couler une larme de joie dans le giron de son ainée. Cette dernière posa alors ses lèvres sur la joue duveteuse de la jeune soignante et y déposa un délicat baiser.

 

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Publié le 15 Février 2016

La découverte de l'oncle Henry

Henry était décédé un an plus tôt dans un accident de voiture, encastré dans un poteau téléphonique. L’enquête avait conclu à une perte de contrôle du véhicule mal entretenu. 

Albertine son épouse survivante,  ne se sentait plus chez elle dans cette ville de province étriquée qui ne l’avait jamais adoptée.

Après quarante-cinq ans d’absence, sans regrets, elle avait décidé de rentrer à Paris. 

En ce jour de janvier, le plus dur restait à faire: emballer, trier, donner, jeter ses souvenirs et son passé.

Réunis autour du café matinal entourant une Albertine frêle et voutée, nul ne parlait et l’ambiance glaciale du petit salon vert commençait à peser. Seul  le cliquetis des tasses en porcelaine et les sanglots de ma tante fendaient par intermittence le silence oppressant. 

D'interminables minutes plus tard, Fabrice le fils ainé, se racla la gorge et d'une voix ferme nous attribua  nos tâches pour débarrasser la maison.

Je sursautai sous les injonctions de mon cousin mais je constatai que chacun se mettait déjà en mouvement.

Je fis  équipe avec Jean-Luc et nous eûmes pour mission de vider la remise du fond du jardin. 

Peu après  munis de cartons et de sacs poubelles, nous empruntions l'allée étroite et mal pavée qui mène au cabanon.

Que de galopades entre les fils à linge ! Tout en cheminant, nous évoquions ce temps révolu de notre enfance en songeant à celui qui n'était plus.

L’abri de jardin recélait un bric à brac hétéroclite : outils, arrosoirs en zinc, tondeuse à gazon, cantines métalliques, vieux journaux, jouets cassés, caisses remplies de petit bois...

Sous la lucarne se tenait un bureau d'écolier et une vieille chaise roulante d'ordinateur déglinguée. Dans un coin du bureau, il y avait des petits cahiers d'écolier, rouges, bleus, verts, jaunes… soigneusement empilés.

Je m'emparai prestement des cahiers qui plus que tout autre chose attirèraient ma curiosité.

Machinalement je me mis à les compter,  il y en avait dix, tous datés et annotés de l'écriture en pattes de mouches de l'oncle Henry.

A la première page du premier cahier,  daté  du 1er février 2004, un mois après le début de sa retraite, il avait écrit : "Débuts de mes expériences sur les énergies alternatives"

A la dernière page du dernier cahier daté du 01 mars 2014, la veille de sa mort, il avait écrit : "Toutes les autorités et les grandes entreprises françaises ont refusé mon projet pourtant viable. Je ne comprends pas. Je vais donc m’adresser à l’étranger"

 Entre ces deux dates, 10 ans de recherche, de gribouillis, de croquis, d'expériences et de photos rassemblés dans ces cahiers multicolores aux couvertures cornées et aux pages tachées.

J'interrogeais mon cousin qui semblait aussi médusé que moi-même.

"Vous étiez au courant des travaux de ton père?

- Absolument pas" me rétorqua Jean-Luc

- Fais voir  me dit-il en s'emparant des cahiers »

L'oncle Henry était un petit commerçant. Toute sa vie, il avait tenu le magasin de chaussures familial ne semblant intéressé que des collections de mocassins ou d’étagères d'espadrilles. 

« N'oublie pas, me dit Jean-Luc, que papa était presque ingénieur. » 

Nul n'avait oublié  dans la famille qu'il avait dû abandonner brusquement de brillantes études scientifiques pour succéder à son père dans l'échoppe de galoches.

Je ne cessais de relire cette dernière phrase énigmatique écrite la veille de l'accident de mon oncle.

"Toutes les autorités et les grandes entreprises françaises ont refusé mon projet pourtant viable. Je ne comprends pas. Je vais donc m’adresser à l’étranger."

 

La découverte de l'oncle Henry

L'oncle était donc devenu un ingénieur anonyme au fond de son jardin et après dix années de labeur avait réussi à inventer ce carburant innovant ?

Mon cœur battait fort, mon cerveau élaborait un scénario de complot, de sabotage de sa vieille 4 L. On l'avait éliminé pour que son invention ne soit jamais commercialisée!

Je fis part de mes pensées à mon cousin qui se mit à rigoler gentiment.

"Mais bien sûr, papa travaillait pour les services secrets et on a saboté sa vieille bagnole »

Je fis une petite moue vexée et finit par rire aussi de l'énormité de mes extrapolations.

"Bon, c'est important quand même, au diable le vide grenier, il y a plus urgent."

Et je plantais là mon cousin pour rejoindre ma tante  sous la véranda.

"C'est quoi ça tata?, lui demandais je excitée en lui tendant mon butin.

- Ah, tu as trouvé les élucubrations de ton oncle,  répondit-elle avec une ébauche de sourire

- Tu sais tantine, ça m'a l'air plutôt sérieux  c’ truc-là

- Pff, sérieux? Henry jouait depuis dix ans au Géo Trouvetou. A la fin, si tu veux savoir, ça lui tournait même un peu la tête à ton pauvre oncle

- Me donnes-tu malgré tout l'autorisation de faire expertiser ses cahiers?

- Bah, si ça t'amuse ma chérie, prends les, répondit Albertine  replongeant dans son mutisme.»

Le lendemain, je pris contact avec le CNRS et j'expliquais en quelques mots ma découverte extraordinaire.

J'entendis mon interlocuteur tapoter sur son ordinateur.

« Ah oui Henry  B, nous avons bien reçu son dossier mais il y a déjà plus de deux années. Votre oncle a dû recevoir un courrier mentionnant que nous ne donnions pas suite.

Projet trop farfelu...âge avancé du candidat...pas de financement pour les essais...pas de priorités dans ce domaine...s’embrouilla le type au téléphone. »

J'appelais ensuite divers centres de recherches, des compagnies pétrolières  et des grands groupes de l’industrie chimique.

Je compris vite que mon oncle avait effectué le même parcours avec à chaque fois une fin de non-recevoir.

Fallait-il abandonner?  Mon intuition me disait que non.

Quelques recherches sur internet m'orientèrent sur trois centres hors de nos frontières, deux en Europe et l'un au Mexique.

La numérisation des données me prit quelques semaines. Entre temps, j'avais pu présenter les travaux à un professeur de physique de mes amis et à un ingénieur d'EDF. Tous les deux s'étaient montrés intéressés puis passionnés par les données des cahiers.

Je joignis leurs observations aux dossiers et expédiai le tout soulagée du devoir accompli. 

Ma vie repris ordinaire, un peu fade après l'agitation des dernières semaines.

Tante Albertine  était désormais installée dans un petit studio près des Buttes Chaumont et je la tenais au courant de mes démarches.

A chaque fois, je la voyais sourire incrédule.

La découverte de l'oncle Henry

Pourtant un beau jour, une grosse enveloppe kraft à l'en tête FNRB* dépassait de ma boite aux lettres.

*Fédération nationale de recherches belge

Madame,

Après une étude approfondie des travaux de M Henry B et une série d'essais en laboratoire, nous avons le plaisir de vous informer que le carburant non polluant est viable. 

Nous vous prions de prendre rendez-vous avec nous dans les plus brefs délais pour toutes les démarches administratives de mise sur le marché.

Nous vous conseillons vivement de vous faire assister d'un avocat  spécialisé.

Veuillez-vous munir des papiers notariés de succession et des extraits de casier judiciaire des héritiers.

Dans l'attente de vos nouvelles, nous vous prions...

 

Huit jours plus tard, Jean-Luc, Fabrice et moi montions dans le Thalys  en partance pour Bruxelles.

 Munis d'une lourde sacoche remplie des documents demandés, nous étions tout excités de ce qu’on allait nous annoncer. 

La découverte de l'oncle Henry

Lorsque le taxi nous déposa devant l’immense building  en verre ultra moderne du FNRB, mon cœur s’emballa.

Toute petite entre mes deux gaillards de cousins, je me demandais ce que nous faisions ici. 

Maitre Delatre, l’avocat spécialisé nous rejoignit peu après et sa prestance me redonna un peu de courage.

Nous fûmes reçus dans une salle de réunion par une dizaine de personnes en costume et tailleur sombre. 

Je me sentis à nouveau toute intimidée  dans ma robe bon marché et mes petites ballerines plates.

Le professeur Lasaruss détendit de suite l’atmosphère et nous gratifia d’un grand sourire en nous tendant une main sympathique.

Il nous installa à ses côtés et nous présenta  ses collaborateurs.

Un jeune homme aux cheveux gominés, nous fit ensuite une présentation des travaux de mon oncle.

Je fis beaucoup d’efforts  pour comprendre la teneur de l’exposé rempli de formules mathématiques incompréhensibles.       

Je rougis pourtant de joie à deux ou trois reprises  lorsqu’au fil des diapositives, je reconnus quelques croquis issus des petits cahiers familiers.

« En conclusion, entonna  Lassarus me faisant sursauter. J’ai  l’honneur  de vous annoncer que les travaux de M Henry B ont donné naissance au carburant révolutionnaire du 21e siècle.

Un carburant de faible coût de fabrication, non polluant et compatible avec les véhicules en circulation.

Votre père était un génie ajouta le scientifique en s’adressant à mes cousins.

Je suis sincèrement admiratif  de cet immense travail, poursuivit l’ingénieur.

Le nom scientifique de ce carburant est le  GHTO 34.

Madame, Messieurs,   vous êtes ici aujourd’hui pour prendre connaissance de la démarche de mise sur le marché,  des modalités de rachat du brevet et des indemnités versées aux héritiers.

Vous serez également consultés pour le nom grand-public.

Je vous laisse étudier toutes les modalités avec Maitre Delatre et nous nous retrouverons pour signer. »

Mes cousins bouche bée, ne savaient plus quoi rétorquer. 

Au bout de quelques secondes, Jean- Luc sorti de sa stupeur pour remercier et broyer à son tour les mains du professeur devenu hilare.

« Il était fort papa, murmura-t-il peu après à son frère ainé encore médusé.»   

Je restais un peu en retrait, les laissant savourer ce moment qu’ils n’étaient pas près d’oublier.  J’étais si fière moi aussi de mon oncle et si contente d’avoir cru en sa découverte. 

CHAMPAGNE, s’écria soudain  le professeur Lassaruss!

Et c’est ainsi qu’à titre posthume Henry B devint un imminent chercheur européen.

Dans quelques temps lorsqu’à la pompe vous remplirez votre réservoir de ce nouveau carburant  au nom exotique, pensez  donc à l’oncle Henry ! 

 

La découverte de l'oncle Henry

Cette histoire a été développée à partir d'une idée trouvée sur internet

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Rédigé par Véronique

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Publié le 21 Janvier 2016

Le grenier de mémé

Ce matin, j’ai entendu papa dire que la maison était vendue et qu’il  fallait la débarrasser et la nettoyer au plus vite.

 Maman et tata sont toutes tristes. Depuis que mémé est entrée à la maison de retraite, je les vois souvent pleurer ou se disputer.

Il parait que mémé a un peu perdu sa tête mais qu’il ne faut pas le dire, c’est secret !

 

Moi, je suis tout excitée de retourner dans la grande maison que j’aime tant. Nous allons y retrouver la famille et tout déménager. On va bien s’amuser avec mon frère et ma cousine.

La grande bâtisse n’a pas bougé, elle est tout aussi charmante que dans mon souvenir avec son lierre tout rouge et son banc de pierre.

Elle ressemble au vieux manoir de mon livre d’histoires.

Que d’aventures extraordinaires ai-je vécu dans les allées étroites ou sous le gros noisetier !

 

Véro, rend toi utile me dit ma mère me faisant sursauter.

Et tout à coup chacun s’active pour remplir des cartons, jeter des vieux papiers et compter des assiettes ébréchées.

J’entraine Olivier et Isabelle dans une course effrénée au milieu de la salle à manger.  Coiffée du vieux chapeau de pépé, je tourne autour de la table encombrée ; à  mes trousses mon petit frère qui brandit un chausse pieds à long manche tandis que ma cousine Isabelle chevauche un manche à balai.

 

Ça suffit les gosses ! clame mon père en colère Montez jouer au grenier.  

C’est ainsi que peu après, nous nous retrouvons dans l’escalier  raide, aux marches inégales et branlantes.

Le grenier de mémé

De là-haut, les bruits de la maison nous parviennent étouffés et c’est à pas de loup que nous  pénétrons dans le noir et la poussière.

Le grenier est une  succession de salles au parquet brut et aux poutres massives.

Il fait tellement sombre que s’en est effrayant, nous avons perdu tout entrain.

Ça sent l’antimite là-dedans et dans un coin gît un squelette de souris beurk !    

C’est la première fois que nous y venons sans mémé et aucun de nous trois n’en mène large.

Isabelle pousse un cri, ses longs cheveux bouclés viennent de  se prendre dans une toile d’araignée.

Je repère le bouton de porcelaine et lorsque la lumière jaillit, les lieux  reprennent un air plus familier.

 

Dans la grande pièce centrale il y a des fils à linge,  une grande armoire en chêne, des caisses en bois, des meubles cassés, des outils de jardin et tout un bric-à-brac oublié.

Y’en a des antiquités ricane Isabelle, toute fière de ce mot savant.

 

J’ouvre précautionneusement une caisse  tandis qu’Isabelle, toute peur effacée,  virevolte autour d’une vieille  coiffeuse au marbre fêlé.

Olivier vient de dénicher  des craies.

Je le rejoins d’un bond souple et lui arrache sa trouvaille pour tracer au sol une grande marelle avec le ciel, la terre et l’enfer.

Et nous voilà à cloche pied  sautant dans les cases géantes et faisant un boucan du diable qui nous vaut une nouvelle semonce.  

 

Je me précipite ensuite vers une nouvelle caisse que j’ouvre plus vivement. Elle est remplie de livres. Je farfouille un moment et je retrouve  tous les ouvrages de la comtesse de Ségur que j’aime lire et puis La case de l’oncle Tom, Tom Sawyer, Le tour du monde en 80 jours, La petite Fadette…   

La caisse suivante regorge de poupées et de leur trousseau. Il y a les vieilles poupées à tête de porcelaine de mémé et le baigneur au polo rayé rouge et blanc qui s’appelle Christophe.  Je le serre très fort contre moi et lui

Le grenier de mémé

murmure quelques secrets avant de l’abandonner pour d’autres découvertes.

Isabelle promène la poupée Natacha dans une petite poussette et lui donne le biberon avec beaucoup de précaution.

Je viens d’ouvrir une autre boite et j’y ai trouvé des billes.

 O L I V I ER,  t’es où ?

 Mon petit frère surgit,  échevelé, de la pièce voisine.

Tu f’sais quoi ?

T’es d’la police ? me répond-il

Il vient de remarquer les billes et s’accroupit pour saisir une belle agate.

Tu fais une partie ? Lui dis-je. 

Bin oui répond-il  mais je prends le gros calot vert.

Dac, je prends le bleu.

Nous nous partageons les billes et entamons une partie de poursuite d’un bout à l’autre du grenier.

Isabelle quant à elle continue de bercer les poupées et vient de les installer dans un petit lit en fer. Fille unique, elle a l’habitude de jouer toute seule et se tient loin de nos chamailleries.

C’est chouette de jouer chez mémé  murmure-t-elle aux poupées.

 

Olivier gagne rapidement toutes mes billes, il est trop bon à ce jeu-là.

Je prends subitement ma moue fâchée, j’joue plus ! lui dis-je en le quittant brusquement.

Olivier hausse les épaules en ramassant son butin.

 

La bouderie est de courte durée, la curiosité nous gagne de nouveau, Nous n’avons pas encore exploré l’armoire. Je tourne la clé et tire la porte qui grince à grand bruit. Sur les étagères des dizaines de boites à chaussures et des cagettes remplies de trésors. Tous les jeux de société ont été remisés ici, le 7 familles, le jeu de l’oie, le damier, le micado, le nain jaune…

 

Olivier tire l’autre porte et trouve son garage et ses voitures, son établi et ma marchande.

Accrochés dans la penderie de vieux habits, des sacs à mains et des chapeaux que mémé gardait pour jouer à se déguiser.

On dirait qu’on serait des princesses et toi un chevalier. Nous nous entortillons dans des rideaux mités, merveilleuses robes de cour qui marque notre rang royal.

Chevalier Olivier, il faut sauver la France ! ordonne Isabelle.

Le grenier de mémé

Tagada, tagada, tagada Olivier parade sur son cheval imaginaire…

 

La nuit est tombée, le lampadaire de la rue projette son halo jaunâtre au travers de la lucarne œil de bœuf. Il va falloir revenir dans le monde des grands.

 

On pourrait descendre dans le garage, chercher les trottinettes. On pourrait tracer des maisons dans la cour et jouer au papa et à la maman ou à Zorro, ou à l’école, ou à Tarzan... Je ne taris plus d’idées pour faire encore durer ce moment.

 

Les enfants, nous allons partir. L’appel de ma mère met fin à nos jeux. Nous descendons l’escalier sans enthousiasme.

En trois heures de temps, la maison est devenue méconnaissable.

Les meubles sont démontés, des piles d’objets s’entassent un peu partout et dans l’air ne flotte plus l’odeur du biscuit de Savoie et de la confiture de framboises.

 

Et soudain je comprends que c’était la dernière fois que je jouais dans la maison de ma grand-mère.

Alors je me mets à pleurer et papa me traite de bébé.

 

C’est un peu de mon enfance qui aujourd’hui s’est envolée. Mais je sais que pour toujours, tout au fond de mon cœur,  je garderai le grenier et les câlins de ma mémé.

 

Fin

Le grenier de mémé

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Rédigé par Véronique

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