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Publié le 24 Décembre 2016

Rituels de Noël chez Rolande

C’est l’effervescence chez Rolande quand revient Noël. C’est le jour où la maison et les convives revêtent leurs habits de fête. D’ailleurs peu importe si ce n’est pas précisément le 25 décembre, l’essentiel est de trouver une date qui rassemble la vingtaine de membres de la famille.

Rolande à 88 ans, c’est son dernier Noël mais elle ne le sait pas et l’on ne le sait pas. On ne sait jamais lorsque c’est la dernière fois et c’est pour ça qu’il est si important d’être là lorsqu’il est encore temps.

Pour le moment, elle trottine du four à la cave, de la salle à manger à la cuisine.

Le jour est arrivé et tout à l’heure la petite maison raisonnera des cavalcades des enfants, des rires des ados, des conversations des plus grands.

Tout est prêt, la grosse dinde repose sur le rebord de la cuisinière, elle embaume jusqu’au jardin, elle est dorée à point entourée de ses oignons caramélisées. Les asperges et leur sauce mousseline sont prêtes à déguster, le foie gras et ses toasts attendent d’être dressés.

La table de la salle à manger est démesurément longue et encombre tout l’espace, Rolande a rajouté des chaises et des tabourets et a sorti la nappe de fête, la vaisselle en porcelaine, les couverts en argent, les serviettes brodées….

Derrière la table, il y a le long buffet surmonté d’un grand miroir. Sur le buffet une collection hétéroclite de bibelots, de fleurs séchées, d’assiettes pour le service, la soupière en gré remplie de pâtes de coing et l’immense compotier débordant de clémentines, de noix et de raisins.

Rolande a accroché des guirlandes ici et là, dans le philodendron, dans le bouquet de chardons, après le cadre du pépé. Il y a des banderoles « Joyeux Noël » et « Bonne année » qui sont accrochées aux lustres rustiques. Le décor est désuet mais nous n’en voulons pas d’autre tant il nous est familier et rassurant.

A midi, les invités arrivent et entrent dans la danse des embrassades, de la joie de se retrouver, de l’émerveillement des enfants qui ont grandi, des questionnements du devenir des uns et des autres. Et l’on trinque à la santé de chacun en grignotant des mises en bouche.

Rolande préside au bout de la table, du côté de la cuisine, prête à jaillir à la moindre demande. Dans un rituel organisé se sont pourtant les convives qui à tour de rôle servent et desservent pour que la maitresse des lieux se repose et profite des siens. Les mets s’enchainent entrecoupés d’une blagounette, d’un jeu, d’une devinette…Les petits récitent quelques poèmes ou chantent papa Noël. Et puis voici les bûches, elles arrivent sur la table avec toujours un grand succès. Je sais qu’il y aura ma préférée au grand marnier tandis que d’autres se lèchent déjà les babines de celles au chocolat ou praliné. Les enfants réclament un champignon en meringue ou l’un des personnages décoratifs. Mémé Rolande sort ses coupes, de vieilles coupes en cristal ciselé qui datent de son mariage tandis que le bouchon de champagne saute dans un cri de joie général. Et l’on trinque à nouveau en trempant nos lèvres dans les bulles de la fête.

Et puis c’est l’heure de la vaisselle avec son organisation rodée pour débarrasser et faire la chaine devant le minuscule évier de la cuisine. Quelqu’un enfile le tablier en plastique de mémé et rempli de Paic le bac en inox, les femmes essuient, les hommes remportent la vaisselle propre, les gamins courent partout.

Puis peu à peu de petits groupes se forment, on papote dans un coin, on joue à la belote, au Trivial Poursuit, on organise des défis et mémé sort les assiettes de chocolats que l’on picore de gourmandise jusqu’au soir venu.

Vers les 20H, on se remet à table sans faim pour un petit potage, une tranche de galantine et le reste de la dinde avec une salade. Arrivés au dessert, Rolande s’éclipse doucement et chacun fait mine de se demander où elle a bien pu passer. Elle revient peu après, les bras chargés de cartons.

C’est l’heure de la distribution !

Dans une hiérarchie immuable, chacun reçoit ses petits cadeaux.

Les bébés ont droit à une boite de boudoirs et un petit jouet.

Les enfants reçoivent un jouet, une enveloppe et un sachet de chocolats.

Les couples de ses petits-enfants touchent une boite de chocolats et une enveloppe.

Les couples de ses enfants une boite de biscuits Delacre pour les dames, un sachet de chocolats pour les hommes et une enveloppe.

A notre tour, nous offrons quelques présents à Rolande et d’une année sur l’autre, elle s’extasie d’un nouveau chapeau, d’une robe de chambre, d’un repose pied, d’un micro-ondes ou d’un collier…

La nuit avance, il est l’heure de plier la table, de ranger les chaises et la vaisselle… La salle parait d’un coup immense et l’on ferme les persiennes qui étaient restées ouvertes.

Demain blottie dans son fauteuil devant les chiffres et les lettres, Rolande sourira encore de cette belle journée de fête.

 

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Publié le 6 Décembre 2016

Paris/Aubervilliers, hiver 1984

Paris gare de Lyon 

Emmitouflée dans ma doudoune blanche, une valise à la main et mon sac au dos, je débarque sur le quai le cœur battant.

Happée par les passagers qui se pressent rapidement vers la sortie,  je me retrouve bientôt sous la verrière. Chacun a l’air de parfaitement savoir où il va et moi je me fige, seule au monde, au milieu de cette ruche bourdonnante. La tête me tourne de toutes ces indications qui m’agressent : Métros, Bus, Taxis, Sorties….  

Je connais pourtant mon itinéraire par cœur, je l’ai étudié au moins dix fois dans ses moindres détails et j’ai dans la poche mon petit guide rouge au cas où.

Le malaise est passé, croulant sous mon barda,  je bouge à nouveau, en direction du métro. Un jeune homme me bouscule dans les escaliers et dévale les marches quatre à quatre. Un tuuuuut indique que les portes vont bientôt se refermer mais il saute malgré tout in extrémis dans la rame et esquive la porte dans un déhanché trahissant l’habitude. J’entends ensuite un couinement métallique et je vois le train s’engouffrer sous le tunnel noir. 

Je me range prudemment le long du mur en regardant avec peur la fosse au fond de laquelle courent les rails électrifiés. En attendant le train suivant, je scrute curieuse cet environnement insolite. Les néons blafards éclairent la station, sur le quai au mur carrelé se détachent en lettres blanches sur fond bleu "Gare de Lyon" , un clochard est étendu de tout son long sur des sièges en plastique, à ses pieds une bouteille de vin à demi pleine et un sac poubelle qui cache à peine ses quelques hardes.

Le silence se fait quelques secondes puis l’on entend de nouveau le grincement du métro et le claquement des portes qui s’ouvrent.

A peine suis-je montée dans la rame que la sonnerie longue et stridente retentit. Les voyageurs s’entassent, casent leurs valises entre leurs pieds. Les odeurs se mêlent, les corps se touchent, les mains s’accrochent aux barres métalliques maculés de traces  de doigts sales. La rame s’ébranle en secouant ses passagers, je m’habitue aux bruits de ferrailles, aux grincements des freins, aux sonneries monocordes, aux portes automatiques qui s’ouvrent et se referment à chaque station. Accrochée à mon sac à main en bandoulière, je jette régulièrement  un coup œil à la ligne affichée au-dessus de la porte. Je descends à Châtelet et je me surprends comme les autres à accélérer la cadence dans les interminables couloirs.

Puis je me pose sur un strapontin dans une rame presque vite et je suis des yeux le défilé des stations avant de descendre à mon terminus  Aubervilliers Quatre chemins.

Aubervilliers

 En  descendant la grande avenue, le choc est grand. Où sont mon petit village, le magasin de mes parents, ma maison douillette, mes amis d’enfance, mon chéri...Je suis de nouveau perdue dans la grande ville, seule sur un bout de trottoir où une foule cosmopolite va et vient indifférente à ma présence. Je soupire résignée et je me dirige courageusement vers le foyer de jeunes travailleurs qui va m’héberger durant trois années.

Je découvre un immeuble de neuf étages aux façades ornées de plaques en béton moulurés et de carrés  colorés.  Je suis exténuée et bien contente de découvrir enfin  mon domaine. Je loge au 4ème étage, tout au bout d’un couloir. La chambre aux rideaux jaunes dispose d’un petit lit, d’une commode avec un plan de travail amovible qui s’adapte astucieusement sur le bois du lit. Il y a un lavabo caché derrière un rideau et un petit placard / penderie. La fenêtre s’ouvre sur un minuscule rebord qui servira l’hiver de réfrigérateur et l’été de sèche-linge. La vue est imprenable sur la caserne des pompiers en construction et sur la ville grise. Les douches et les toilettes sont au palier, le self-service au 9ème étage.

J’ai l’impression de me retrouver à l’internat du lycée, la liberté de mouvements en sus.

Toute la journée, un haut-parleur appelle des locataires au téléphone, on prend la ligne sur le palier pour des conversations dont profite tout l’étage. 

Les premiers temps des voisins bien intentionnés ne cessent de venir frapper à ma porte pour me souhaiter la bienvenue, m’inviter à boire un pot ou m’emprunter un fer à repasser à trois heures du matin.

J’ai envie de pleurer, j’ai peur et je me demande ce que je fais là. Je ne suis encore qu’une gamine de 19 ans mais je ne peux plus reculer, je démarre le lendemain matin mon 1ère emploi au centre de recherches Rhône-Poulenc  et ça c’est quand même une belle opportunité!

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Publié le 23 Août 2016

Laver son linge sale

Laver son linge est aujourd’hui une activité rapide et quotidienne. Nous enfournons chaque jour dans le tambour, des vêtements à peine portés pour des cycles courts à 30°C. 

Il fut pourtant un temps avant l’apparition de la machine à laver où cette corvée mobilisait toutes les forces de la femme au foyer et ceci des jours entiers.

C’était le temps de la lessiveuse, vous savez cette lourde marmite de zinc munie d’une tubulure centrale, qu’on remplissait d’eau et de paillettes de savon et qui chauffait sur le poêle ou la gazinière.

Laver son linge sale

Dans les années 50, ma grand-mère soufrait tellement de sa sciatique qu’elle fut un temps dans l’impossibilité d’entretenir le linge pour les quatre personnes vivant à la maison.

Porter la lessiveuse sur le feu, la remplir à la casserole, ressortir les draps pesants, dégoulinants d’eau, les mettre dans la grande panière en osier, les porter au lavoir pour les frotter à la brosse à chiendent, les battre, les rincer, les tordre devenait au-dessus de ses forces.

Sa jambe était coincée au point qu’elle se déplaçait le genou sur une chaise.

Marcelle dut se résoudre à embaucher une aide. Elle chercha longtemps dans le pays mais toutes les bonnes laveuses étaient prises. La seule qu’elle trouva, fut une vieille bohémienne qui louait ses bras pour quelques sous. On la nommait la Parapluie car elle réparerait des baleines d’ombrelles et de parapluies.        

La Parapluie arriva donc un beau lundi avec un grand sourire édenté qui la faisait ressembler à une sorcière. Elle ne sentait pas très bon et ses mains n’étaient pas très propres mais Marcelle n’avait pas le choix.

D’ailleurs, elle était forte comme un homme cette Parapluie et portait brassées sur brassées sans jamais se plaindre.

Marcelle soupirait en voyant son beau linge blanc pressé contre la robe douteuse mais que faire avec cette douleur dans le dos qui ne la lâchait pas.

Par temps de pluie, l’histoire se compliquait car la Parapluie saisissait sa brouette et emmenait le linge dans son antre. Il revenait puant le vieux grenier, l’urine de chat et le fumier.

Marcelle n’en pouvait plus.

 

Laver son linge sale

Faute de laveuses expérimentées, il fallait absolument trouver une solution.

En 1955, les premières machines à laver arrivèrent sur le marché.

Marcelle eu connaissance que sa cousine s’était équipée et c’est comme ça qu’un beau dimanche, toute la famille fut invitée à assister à la première lessive automatisée.

En arc de cercle dans l’étroit cagibi, les bonnes femmes rassemblées commentaient l’événement sous le regard vaniteux de la maitresse de maison. Tout y passa, marque, prix exorbitant, fonctionnement et même en catimini quelques propos acerbes sur l’hôtesse.  

Marcelle en première ligne ne s’intéressait qu’à l’engin et quelle ne fut pas sa déception, lorsqu’elle se rendit compte que cette Laden ne servait qu’à rincer et n’épargnait  nullement ni  la corvée de la lessiveuse, ni celle de l’essorage aux rouleaux.

Et bien, dit -elle résignée c’est pas demain qu’on se débarrassera de la Parapluie.

Mais dans les années 50, le progrès galopait vite et quelque mois plus tard, voici la première machine chauffante.

Cette fois ci fut la bonne et mes grands-parents raclèrent leurs fonds de tiroirs pour acquérir ce merveilleux appareil.

Au revoir Parapluie !

Laver son linge sale

La machine fut enfin en place dans la cuisine. Imaginez, une grande cuve émaillée avec un disque tournant en caoutchouc et des palmes pour brasser. Une rampe à gaz sous la cuve qui assurait le chauffage et un petit moteur pour vidanger.   

Et rien n’était perdu, on récupérait l'eau savonneuse de lavage , le lessi, pour la tournée suivante.

Il fallait ensuite saisir le linge bouillant avec de longues pinces puis le passer entre deux rouleaux pour extraire l’eau sale puis le renfourner dans la machine pour rincer et ceci à trois reprises.

C’était encore laborieux mais quelle révolution !

Marcelle n’a jamais perdu vue cette brave Parapluie. Elle la croisait dans le quartier avec son grand cabas  et elle s’arrêtait de temps à autre pour boire le café.

Je crois bien qu’elle a laissé la lessive et s’est remise à réparer, devinez quoi, des parapluies!

Quelques chiffres: En 1954 8,4% des ménages étaient équipés d'une machine à laver le linge, une machine qui restait chère (en 1950 une machine à laver de bonne qualité équivalait à quatre mois de salaire "moyen").
Source : http://www.chartres.fr/fileadmin/user_upload/Actus/Pdf/DP_annees_50__GOOTENBERG_OK.pdf

Et en photo de couverture, la mère Denis, l’héroïne d'une publicité des années 1970.
Vedette mérite votre confiance chantait la pub et la mère Denis répondait ça c'est vrai ça!

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Publié le 29 Juillet 2016

Le monument aux morts

Augustine décacheta le pli de l’administration avec les yeux brouillés.  

Que lui voulait donc encore cette République Française qui 7 ans plus tôt l’avait laissé seule avec ses deux petits.

Courrier reçu par M-Augustine

Courrier reçu par M-Augustine

Madame,

C’est avec une émotion profonde que nous venons vous annoncer, pour que vous puissiez y assister, l’inauguration du monument aux morts que la commune a élevé à ses glorieux morts. Il aura lieu à 10 heures et demie, dimanche 8 août 1920, date que portera le drapeau spécialement acquis pour la circonstance.

La municipalité à qui ce pieux devoir est confié a voulu que la cérémonie fût impressionnante dans sa simplicité. Il en sera ainsi et le recueillement le plus absolu sera observé.

Vous aurez la place d’honneur.

Votre douleur est grande, nous la partageons.

Puisse la fière part que nous y prenons, être à votre peine une atténuation et vous encourager.

En vous renouvelant nos condoléances émues, nous vous saluons avec un profond respect.

Pour le conseil municipal

Le maire

Marie-Augustine et Jean-Louis

Marie-Augustine et Jean-Louis

Augustine se cacha dans la souillarde pour que les enfants ne voient pas ses larmes.

L’espace d’un instant, elle revit le bon sourire de Jean-Louis, elle sentit sa moustache brune caresser ses lèvres avides de baisers et ses mains qui enserraient sa taille fine.

Elle se boucha les oreilles, chiffonnant le courrier officiel. Cette lettre ranimait le feu des canons et les éclats d’obus éclataient dans son cœur serré sur le mort pour la France.

Elle vit le corps vigoureux de son aimé, démantelé, méconnaissable, enfoncé dans la terre éventrée. Il gisait là entre les squelettes des arbres désintégrés, sous les salves incessantes qui finissaient de l’enterrer.   

Elle étouffa ses cris d’horreur avec le torchon à vaisselle qu’elle tenait toujours dans ses mains tremblantes.

Que savait-il ce scribouillard de la mairie, de ses cauchemars, de son labeur pour survivre et élever ses enfants devenus pupilles de la nation ?

Que savait-il ce gratte-papier, de son époux, jeune lieutenant dévoué qui tomba au cœur d’un été qui ne parvenait plus à réchauffer sa dépouille abandonnée.

Cette lettre remuait le long fer à jamais fiché dans sa plaie béante de veuve. Ses larmes de sang se mêlaient à nouveau avec celui qui coulait dans les sillons de la terre Lorraine.

Elle revécut cette longue année sans nouvelles et ses démarches vaines pour le retrouver.  

Sa chair se tordait encore des affres de ses nuits blanches, la secouant d’interminables spasmes de désespoir qui laissaient son lit moite et ravagé.   

Mon Dieu, qu’elle avait espéré qu’il ne fut que blessé, inconscient, amnésique. Elle pria même pour qu’il fût amputé, aveugle, défiguré ….

Il était quelque part dans ses espoirs jusqu’à la missive funèbre qui la laissa pantelante et muette.

Il était mort depuis longtemps, depuis les premiers jours de la guerre.

Augustine, la belle épouse du lieutenant valeureux  troqua son corsage blanc pour une vilaine robe noire et quitta le village qui n’était pas le sien.

Bien loin de leur petite maison, toute joie à jamais disparue, elle poursuivit sans lui, sa vie de veuve et de mère pour les deux orphelins de ce papa glorieux.

Une inauguration de monument aux morts après la guerre 14/18

Une inauguration de monument aux morts après la guerre 14/18

Et voilà qu’aujourd’hui, on l’informait que le nom de Jean-Louis était inscrit sur le monument du souvenir, là-bas dans le village de leurs belles amours.

Elle imagina les lettres d’or se détachant sur le marbre gris, 1er nom de la longue liste, 1er mort de la commune.

Augustine ne pourrait pas prendre la place d’honneur que la commune lui réservait. Elle imagina pourtant le long cortège sombre et tous ces enfants sans père. Elle entendit les discours patriotes, les hommages rendus et les bénédictions du vieux curé.

Elle vit les étendards levés,

les bouquets de bleuets et de coquelicots qui repoussaient

au vent dans les terres dévastées.

Augustine, se ressaisit, Jean-Louis dont les os dispersés s’entassaient pêle-mêle dans la terre de l’est aurait afin son mausolée.  

Sur le buffet de la salle, trônait une photo qu’elle aimait tant, elle souligna de son index leur couple si bref tandis que ses yeux clairs cherchaient dans le jardin leurs deux enfants joyeux.

A la mémoire de Jean-Louis et Marie-Augustine mes arrières-grands-parents

Le monument aux morts

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Publié le 8 Juillet 2016

Dans la cuisine de ma grand-mère

En haut d’un escalier, il y a la cuisine de grand-mère. Une grande pièce ensoleillée qui fleure bon les confitures et le biscuit de Savoie.

Le buffet et la table en formica cohabitent avec des meubles en bois plus anciens. Dans le buffet, il y a tout un inventaire à la Prévert : un presse-purée, un hachoir à viande, un fer à repasser et une yaourtière….

Dans la niche du buffet, il y a un tas de papiers, le calendrier des PTT, une pile de journaux, le poste de radio et la corbeille à pain. Vous savez cette huche à pain métallique de forme arrondie avec sa porte coulissante.

Il y a un frigidaire vieillissant acheté il y a plus de 10 ans mais qui à l’époque  remplaça de façon révolutionnaire le garde-manger et les allers-retours incessants à la cave où l’on conservait les aliments.

Dans cette cuisine, on trouve encore une cuisinière et une chaudière à gaz qui alimente les gros radiateurs du chauffage central.

Dans le bahut à trois tiroirs, il y a la boîte à bigoudis et tout un attirail de couture et de pelotes de laine.

Sur le sol un linoléum moucheté qui recouvre le plancher qui continue de grincer sous nos pieds.

Les interrupteurs électriques sont encore en porcelaine tandis qu’un plafond le large néon aveuglant à remplacer le plafonnier.

Dans la cuisine de ma grand-mère

Et puis il y a des objets insolites tel ce vase en cuivre martelé à décor de feuilles de vigne dont grand-mère me raconte souvent que c’est un obus de la Grande guerre rapporté par son frère.

J’ai le droit de jouer avec le prisme pyramidal. Je connais le nom de cet objet en verre mais je n’ai jamais vraiment su à quoi il avait bien pu servir et de qui mes grands-parents le tenaient. En tout cas, lorsqu’on regarde dedans, on y voit les couleurs de l’arc-en-ciel et des images complètement déformées.  

Les vrais objets conservés dans la famille
Les vrais objets conservés dans la famille

Les vrais objets conservés dans la famille

Dans un recoin tout sombre, l’on trouve le petit évier émaillé sur lequel il faut superposer deux bassines pour faire la vaisselle. Au-dessous de l’évier, l’on range  la poubelle, la pelle et la balayette cachées par un petit rideau.

Les torchons sèchent au-dessus du tuyau à anneaux de la chaudière alors que sur le feu la cocotte-minute ronronne préparant  le délicieux veau à la tomate, mon plat préféré.

Je me sens bien dans cette cuisine douillette.

Je m’installe hiver comme été sur le gros radiateur en fonte où je lis les malheurs de Sophie ou François le bossu.

Dans la cuisine de ma grand-mère

Il est l’heure de manger, je sors les assiettes dépareillées en faïence rustique et le saladier en arcopal.

Mémé m’apprend à faire la sauce de salade : moutarde, sel, poivre et une cuillerée de vinaigre pour trois d’huile. Elle me fait rajouter des petites herbes ciselées odorantes dont j’apprends le nom, de l’estragon. Il reste à rajouter les feuilles de laitue qu’on vient de secouer par la fenêtre dans le panier à salade grillagé.

Il faut encore moudre le café et j’adore appuyer sur le couvercle tout rond du moulin électrique. Il passera tout à l’heure dans cette étrange cafetière dont j’ai su des années plus tard qu’elle s’appelait à l’italienne.

Voici pépé qui rentre du bureau. Je lui saute au cou, lui laissant à peine le temps d’accrocher son chapeau. Il a deux heures de pause pour déjeuner et va avoir le temps de jouer avec moi.

Dans la cuisine de ma grand-mère
Dans la cuisine de ma grand-mère
Dans la cuisine de ma grand-mère
Dans la cuisine de ma grand-mère

En début d’après-midi, mémé prépare la confiture, celle que je préfère aux framboises juteuses.

Elle touille les fruits  rouges avec du sucre cristallisé et un jus de citron dans un chaudron en cuivre. Elle m’appelle pour écumer cette mousse odorante qui se forme en surface. Je mangerai l'écume toute chaude pour mon quatre heures.

Je m’en pourlèche déjà les babines.  

Elle verse ensuite la confiture dans des pots en verre cannelés.

Pendant qu’elle refroidit, elle fait fondre de la paraffine qu’elle coulera sur la confiture pour bien fermer les pots. Il restera ensuite à les recouvrir de petits papiers transparents et de les fixer avec des élastiques. Je collerais  enfin une étiquette :

Confiture de framboise 1972

Dans la cuisine de ma grand-mère
Dans la cuisine de ma grand-mère

Au-dessus du bahut, la pendule égraine les heures tranquilles de mon enfance choyée.

J’ai repris mon livre et je rêvasse sereine sur le radiateur en regardant les petits perroquets qui trempent leur museau dans le verre à pied.

Il faut aller jouer cocotte

La voix douce de ma mémé me réveille de ma torpeur, elle m’envoie courir dans le jardin.

Dans la cuisine de ma grand-mère

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Publié le 1 Mai 2016

Isidore et la lutte sociale

Chaque 1er mai, je pense à mon arrière-grand-père qui selon la transmission familiale ne chômait qu’un jour par an, celui de la journée internationale des travailleurs.  

Isidore est né en 1865 à Montluçon aux confins du Berry et du Bourbonnais

Ses parents anciens muletiers itinérants ont profité de la révolution industrielle pour se sédentariser dans le département.

Montluçon est une ville en plein essor industriel. Le canal du Berry permet de transporter le minerai de fer.

Fer et charbon du bassin houiller local donne naissance à l’industrie métallurgique et sidérurgique tandis que le sable et le calcaire du canal servent à l’industrie verrière et chimique.

Canal du Berry

Canal du Berry

La classe ouvrière nait avec l’industrialisation de la ville, les rythmes sont imposés par les machines, c’est l’ère de la taylorisation.

Les conditions de travail sont très dures, les journées sont de douze à quatorze heures,  six jours sur sept et sans congés. Les conditions d’hygiène et de sécurité sont inexistantes, les salaires bas et il n’existe aucunes protections sociales.  

Beaucoup d’ouvriers sont journaliers avec la peur du lendemain, toute journée chômée n’est pas rémunérée.

Les femmes, les enfants, les vieillards sont tenus de travailler pour faire vivre toute la famille.

C’est Germinal !

Isidore et la lutte sociale

La population ne cesse de s’accroitre, elle est majoritairement jeune. De nombreux commerces, écoles, monuments publics s’implantent, la ville prospère repoussant les plus pauvres dans les faubourgs peu salubres. Les nouveaux quartiers sont bordés par le canal, la voie de chemin de fer et les usines. Isidore habite dans une petite maison ouvrière sans aucun confort et il n’a guère le temps de courir dans les collines plantées de vignes pourtant si proches.

Isidore et la lutte sociale

Il n’a pas 8 ans lorsqu’il est contraint d’entrer à la mine pour pousser les wagonnets remplis de charbon puis à la verrerie où il assiste l’ouvrier souffleur en ouvrant et fermant les moules brulants.

Dans cette seconde moitié du 19ème siècle, les ouvriers se révoltent, se regroupent et s’organisent en mouvements sociaux. A force de coalisions et de sang versé, ils obtiennent peu à peu le droit de grève, l’inspection du travail, des lois pour protéger les enfants …

Ils instaurent une journée annuelle de grève, le 1er mai où ils défilent, un triangle rouge à la boutonnière pour symboliser  leur revendication de la journée partagée en trois fois 8 heures (travail, sommeil, loisir).

Isidore devenu jeune homme est très impliqué, il œuvre avec ses camarades pour cette amélioration indispensable des conditions de travail et de vie plus humaines.

Un jour, à l’usine, il tombe amoureux d’Adélaïde, jeune ouvrière qui lui fait chavirer le cœur.

La mine et la verrerie
La mine et la verrerie

La mine et la verrerie

Quelques années plus tard, ils louent une charrette et leurs deux ainés sous le bras, ils s’éloignent de la ville devenue trop tentaculaire. Ils partent s’installer à la campagne où à l’aide d’un petit héritage, ils acquièrent un fonds de commerce de journaux/librairie dans une petite cité minière (c’est là que ma grand-mère est née…).

Les forces ne leur manquent pas, ils travaillent sans trêve pour faire prospérer leur affaire.

Les valeurs d’Isidore n’ont jamais changé, il continue d’œuvrer au conseil municipal de son village et gardera sa vie durant des idées sociales avancées.

Chaque année, fidèle à ses revendications, il ne travaille pas pour le 1er mai.  Il faudra néanmoins attendre l’entre-deux guerres pour obtenir la journée de 8 heures.

Le 1er mai devient alors la journée où

les travailleurs célèbrent leurs luttes sociales.

Librairie de mes arrières grands-parents

Librairie de mes arrières grands-parents

Illustrations, CPA Delcampe

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Publié le 13 Février 2016

Le grand bahut

Je débarque à l’internat du lycée technique en septembre, au début des années 80. Je fais un peu ma fière en ce  jour de pré-rentrée mais c’est surtout pour camoufler mon angoisse qui grandit à chaque pas de l’interminable allée.

L’immense bahut de 2Km de pourtour est délimité par 4 rues du quartier.  Sur trois lignes parallèles se dressent 6 bâtiments pour l’enseignement,  5  pour l’internat et des hectares d’ateliers métalliques. A la périphérie du site le stade et  le gymnaste.

Une véritable ville qui accueille 2500 élèves dont 600 internes.

Ma mère est elle aussi un peu perdue et se donne une contenance en suivant consciencieusement   les pancartes « ACCUEIL DES INTERNES ».

 Au bout de la côte, dans un grand bureau, nous faisons connaissance avec le CPE et ses sbires. La pièce est bruyante, surchauffée et encombrée de bardas.  Nous prenons patiemment la queue en prêtant l’oreille aux infos qui nous parviennent du devant de la scène.  

Une fille se retourne et me passe le message suivant:  le CPE s’appelle  GLLOQ*.  J’enregistre bêtement ce renseignement sans me rendre compte de la plaisanterie.

 *J’ai deux ailes au cul (GLLOQ).  

Les assistants de M Glloq, nous remettent donc : la carte de sortie (très importante), un plan des lieux (indispensable) et moult papiers et règlements.  Mon dortoir est dans le bat 3,  4ème étage, lit 406.

Mais la particularité de l’année est qu’il n’y a plus des places dans les deux bâtiments réservées filles. On nous a donc casé, nous les petites secondes, au dernier étage d’un bâtiment de terminales garçons. Chercher l’erreur !

Il n’y a normalement aucune communication possible entre l’internat des filles et celui des garçons, les bâtiments étant séparés par toutes une rangée de réfectoires. Mais là avec cette nouvelle donnée, c’est une autre histoire.

Le grand bahut

C’est le lendemain soir après la rentrée des premières et terminales que nous prenons la portée de cette cohabitation peu ordinaire.  En fermant nos rideaux, un spectacle inattendu s’affiche aux fenêtres d’en face : un alignement de postérieurs dénudés.

Tout le dortoir se met à glousser et  notre pionne surnommée  Trois pommes  se montre très choquée  et nous intime l’ordre  d’aller nous coucher. 

Bin dis donc ça va me changer du petit pensionnat des bonnes sœurs où j’étais l’an passé !  

En ce qui concerne notre dortoir, tout un système d’horaires a été institué pour que nous évitions de  croiser les garçons dans les escaliers.  En fait, cette organisation n’a jamais vraiment fonctionnée et les pauvres surveillants ont eu  bien du mal tout au long de l’année à contrôler les hormones en ébullition de notre mixité. 

Les garçons s’amusent beaucoup de nous savoir logées au-dessus de leurs chambrées. Ils nous en font voir de toutes les couleurs, en coupant l’alimentation générale d’eau lorsque nous sommes sous la douche, en nous en en fermant à clé, en nouant nos lacets de baskets, en planquant nos affaires…

Une année de joyeux fouillis !

Le grand bahut

6H45, une sonnerie stridente me sort brusquement de mes rêves.  

Trois pommes s’agite et nous dit de nous dépêcher. Vite se lever, s’habiller, faire son lit, se rendre au réfectoire, prendre son petit déjeuner, récupérer ses affaires dans son casier et à la sonnerie de l’externat de 7H5O regagner notre salle de cours.

Plan en mains, nous sommes complétement perdus dans ce labyrinthe scolaire où toutes les cours, tous les bâtiments, tous les couloirs se ressemblent…

 

10H20 : Sonnerie de la récré, ça déboule dans les escaliers. Les groupes se forment dans les cours sombres, genre cloitres bétonnés. Partout, des petits cercles d’adolescents agglutinés fument comme des pompiers en échangent sur les emplois du temps et les profs de l’année. 

Notre petite bande d’internes est déjà soudée. Nous ne nous quitterons plus pendant trois années.

 

A l’heure du déjeuner, il faut à nouveau traverser le lycée, on peut dire qu’un une journée on en fait de la marche à pieds.

Trois services s’échelonnent de 11H30 à 13H00.  Les élèves doivent ranger leurs sacs dans des casiers à l’entrée des salles à mangers. Je comprendrais un peu trop tard,  qu’en fait je n’aurais jamais dû me séparer du mien. Je me suis fait voler ma toute nouvelle calculette scientifique et ma trousse que j’avais décorée de scoubidous torsadés.

Je vous passe l’engueulade du samedi lorsque je suis rentrée à la maison. 

Le bahut, c’est aussi  l’école de la vie…

Le grand bahut

Après déjeuner, suivant les saisons, on s’affale sur les pelouses, on va boire un pot à notre bistrot attitré ou l’on dispute des matchs inter classes arborant nos sweet-shirts au logo de notre section. 

A  la moindre heure de permanence, nous sortons du lycée et c’est un vent de liberté juste pour se rendre au Mammouth, au tabac ou au café. Il en faut peu  pour réjouir nos jeunes années.

Le mercredi c’est la transhumance vers le centre-ville. A pieds, en bus, les internes recherchent de l’animation en se rendant au ciné, dans le parc ou les magasins.  

On traine dans les boutiques pour acheter un gloss, un papier à lettres romantique ou une bouteille de psitt.

C’est également le jour des coups de fil, aux parents, aux petits copains. On s’enferme dans la cabine téléphonique vitrée qu’on alimente de pièces de 2 ou 5 francs suivant la distance. 

Et puis, il faut rentrer, on s’embrasse une dernière fois sur les bancs publics, on chahute dans le bus et l’on regagne nos quartiers.

Le grand bahut

Avant diner, les plus studieux vont à l’étude facultative  mais nous avec la bande, nous investissons le couloir du foyer.  Assis le long du mur, nous jouons au jeu de vérité et échangeons sans fin sur le monde et nos projets.

L’étude du soir est obligatoire.  Chez les sœurs, on entendait une mouche volée et sœur Christine faisait les gros yeux si une règle avait le malheur de tomber. Ici c’est le bordel complet. Un brouhaha perpétuel que les pions ne savent pas maitriser.

21H30, il est temps de monter au dortoir, Trois pommes saisit son gros trousseau de clés, distribue quelques remarques aux plus agitées et quatre à quatre nous gravissons les marches jusqu’à notre 4ème étage.

Il nous reste trois quart d’heure pour nous doucher et flâner un peu avant l’extinction des feux.

Le grand bahut

Nos cours se terminent le samedi en fin de matinée. A peine la sonnerie amorcée, les internes se précipitent vers la sortie avec leurs gros sacs à porter.

 Juste le temps d’attraper la navette qui nous dépose à la gare et de retrouver toute une partie du Lycée dans un train qui nous conduit dans nos foyers.

C’était le bon temps du lycée !

Le grand bahut

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Rédigé par Véronique

Publié dans #Tranches de vie, #Autrefois

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