Le terrain

Publié le 19 Juillet 2017

Le terrain

C’était comme ça que nous appelions l’aire de sport située derrière le préau de l’école primaire. C’était un grand carré de pelouse et un terrain de basket avec en bordure une poutre métallique, un portique à agrès et une piste de saut en longueur.

Je devais avoir une douzaine d’années lorsque j’ai commencé à fréquenter ce lieu avec d’autres enfants de mon âge. Cet espace plus éloigné de la place du village était désormais plus conforme à nos années adolescentes.

Nous jouions au basket sur le terrain goudronné et la moindre bousculade  nous valaient des chutes qui nous éraflaient les cuisses et nous couronnaient les genoux. Nous adorions le ballon prisonnier, les matchs de foot et les parties de rugby où nous nous plaquions au sol et roulions dans l’herbe comme de jeunes chiots. Les plus habiles grimpaient aux barres du portique et faisaient le cochon pendu, les grands bêtas escaladaient les panneaux de basket. Le terrain servait également à faire du patin à roulettes.

Et puis, il y avait ces concours d’opposition que nous faisions sur la poutre verte. Face à face, il s’agissait de lutter avec les mains pour  faire tomber l’adversaire. Thierry, un grand du bourg dégommait un à un les plus petits et il resta longtemps invaincu jusqu’à ce que vint mon tour. Bien déterminée, je le poussais de toutes mes forces avant qu’il n’ait eu le temps de reprendre son souffle et à mon grand étonnement, il tomba, il tomba et se cassa le bras.

Et oui, nos jeux d’enfants pouvaient être dangereux !

Deux ans plus tard, lorsque l’été revint, les garçons avaient troqué leurs bicyclettes contre des scooters qu’ils faisaient pétarader pour nous épater.

Aujourd’hui encore, lorsque je vois des jeunes gens cabrer leur engin et que je sens l’odeur de « mobylette », les souvenirs de mes quatorze ans refluent dans ma tête.

« Les filles, rendez-vous ce soir au terrain ! »

nous lançaient les Casanova en herbe.

Ce ne fut pas une mince affaire que de convaincre les parents d’aller un moment au terrain après dîner. Il fallut dire qui serait là, promettre de ne pas faire de bêtises et de renter à l’heure. Sitôt le dessert avalé, notre bande de jeunes aux cheveux longs et aux blues-jeans à paths d’éph se dirigeaient joyeusement vers le terrain. Quelles étaient douces nos soirées d’été. Une radio à la main, nous écoutions le hit-parade et reprenions en cœur Ti amo  d’Umberto Tozzi ou You're the one that I want de John Travolta.

Et puis sevrés d’activités, nous nous asseyions en cercle dans l'herbe chauffée par le soleil de la journée et nous refaisions le monde, gouttant à l’ivresse de cette toute jeune liberté.  

Souvent le silence nous rattrapait au fur et à mesure que le soleil déclinait. Le chant des grillons prenait alors toute la place, ils stridulaient invisibles dans le gazon coupé ras. Nous nous mettions à plat ventre pour les dénicher de leur trou ou cherchions quelques trèfles à quatre feuilles pour nous porter bonheur.

L’heure arrivait toujours trop vite mais nous savions que pour revenir demain, il fallait rentrer sans barguigner !

Bonne nuit les copains !

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Publié dans #Quand j'étais petite

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