Laver son linge sale

Publié le 23 Août 2016

Laver son linge sale

Laver son linge est aujourd’hui une activité rapide et quotidienne. Nous enfournons chaque jour dans le tambour, des vêtements à peine portés pour des cycles courts à 30°C. 

Il fut pourtant un temps avant l’apparition de la machine à laver où cette corvée mobilisait toutes les forces de la femme au foyer et ceci des jours entiers.

C’était le temps de la lessiveuse, vous savez cette lourde marmite de zinc munie d’une tubulure centrale, qu’on remplissait d’eau et de paillettes de savon et qui chauffait sur le poêle ou la gazinière.

Laver son linge sale

Dans les années 50, ma grand-mère soufrait tellement de sa sciatique qu’elle fut un temps dans l’impossibilité d’entretenir le linge pour les quatre personnes vivant à la maison.

Porter la lessiveuse sur le feu, la remplir à la casserole, ressortir les draps pesants, dégoulinants d’eau, les mettre dans la grande panière en osier, les porter au lavoir pour les frotter à la brosse à chiendent, les battre, les rincer, les tordre devenait au-dessus de ses forces.

Sa jambe était coincée au point qu’elle se déplaçait le genou sur une chaise.

Marcelle dut se résoudre à embaucher une aide. Elle chercha longtemps dans le pays mais toutes les bonnes laveuses étaient prises. La seule qu’elle trouva, fut une vieille bohémienne qui louait ses bras pour quelques sous. On la nommait la Parapluie car elle réparerait des baleines d’ombrelles et de parapluies.        

La Parapluie arriva donc un beau lundi avec un grand sourire édenté qui la faisait ressembler à une sorcière. Elle ne sentait pas très bon et ses mains n’étaient pas très propres mais Marcelle n’avait pas le choix.

D’ailleurs, elle était forte comme un homme cette Parapluie et portait brassées sur brassées sans jamais se plaindre.

Marcelle soupirait en voyant son beau linge blanc pressé contre la robe douteuse mais que faire avec cette douleur dans le dos qui ne la lâchait pas.

Par temps de pluie, l’histoire se compliquait car la Parapluie saisissait sa brouette et emmenait le linge dans son antre. Il revenait puant le vieux grenier, l’urine de chat et le fumier.

Marcelle n’en pouvait plus.

 

Laver son linge sale

Faute de laveuses expérimentées, il fallait absolument trouver une solution.

En 1955, les premières machines à laver arrivèrent sur le marché.

Marcelle eu connaissance que sa cousine s’était équipée et c’est comme ça qu’un beau dimanche, toute la famille fut invitée à assister à la première lessive automatisée.

En arc de cercle dans l’étroit cagibi, les bonnes femmes rassemblées commentaient l’événement sous le regard vaniteux de la maitresse de maison. Tout y passa, marque, prix exorbitant, fonctionnement et même en catimini quelques propos acerbes sur l’hôtesse.  

Marcelle en première ligne ne s’intéressait qu’à l’engin et quelle ne fut pas sa déception, lorsqu’elle se rendit compte que cette Laden ne servait qu’à rincer et n’épargnait  nullement ni  la corvée de la lessiveuse, ni celle de l’essorage aux rouleaux.

Et bien, dit -elle résignée c’est pas demain qu’on se débarrassera de la Parapluie.

Mais dans les années 50, le progrès galopait vite et quelque mois plus tard, voici la première machine chauffante.

Cette fois ci fut la bonne et mes grands-parents raclèrent leurs fonds de tiroirs pour acquérir ce merveilleux appareil.

Au revoir Parapluie !

Laver son linge sale

La machine fut enfin en place dans la cuisine. Imaginez, une grande cuve émaillée avec un disque tournant en caoutchouc et des palmes pour brasser. Une rampe à gaz sous la cuve qui assurait le chauffage et un petit moteur pour vidanger.   

Et rien n’était perdu, on récupérait l'eau savonneuse de lavage , le lessi, pour la tournée suivante.

Il fallait ensuite saisir le linge bouillant avec de longues pinces puis le passer entre deux rouleaux pour extraire l’eau sale puis le renfourner dans la machine pour rincer et ceci à trois reprises.

C’était encore laborieux mais quelle révolution !

Marcelle n’a jamais perdu vue cette brave Parapluie. Elle la croisait dans le quartier avec son grand cabas  et elle s’arrêtait de temps à autre pour boire le café.

Je crois bien qu’elle a laissé la lessive et s’est remise à réparer, devinez quoi, des parapluies!

Quelques chiffres: En 1954 8,4% des ménages étaient équipés d'une machine à laver le linge, une machine qui restait chère (en 1950 une machine à laver de bonne qualité équivalait à quatre mois de salaire "moyen").
Source : http://www.chartres.fr/fileadmin/user_upload/Actus/Pdf/DP_annees_50__GOOTENBERG_OK.pdf

Et en photo de couverture, la mère Denis, l’héroïne d'une publicité des années 1970.
Vedette mérite votre confiance chantait la pub et la mère Denis répondait ça c'est vrai ça!

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Publié dans #Tranches de vie, #Autrefois

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