Dans la cuisine de ma grand-mère

Publié le 8 Juillet 2016

Dans la cuisine de ma grand-mère

En haut d’un escalier, il y a la cuisine de grand-mère. Une grande pièce ensoleillée qui fleure bon les confitures et le biscuit de Savoie.

Le buffet et la table en formica cohabitent avec des meubles en bois plus anciens. Dans le buffet, il y a tout un inventaire à la Prévert : un presse-purée, un hachoir à viande, un fer à repasser et une yaourtière….

Dans la niche du buffet, il y a un tas de papiers, le calendrier des PTT, une pile de journaux, le poste de radio et la corbeille à pain. Vous savez cette huche à pain métallique de forme arrondie avec sa porte coulissante.

Il y a un frigidaire vieillissant acheté il y a plus de 10 ans mais qui à l’époque  remplaça de façon révolutionnaire le garde-manger et les allers-retours incessants à la cave où l’on conservait les aliments.

Dans cette cuisine, on trouve encore une cuisinière et une chaudière à gaz qui alimente les gros radiateurs du chauffage central.

Dans le bahut à trois tiroirs, il y a la boîte à bigoudis et tout un attirail de couture et de pelotes de laine.

Sur le sol un linoléum moucheté qui recouvre le plancher qui continue de grincer sous nos pieds.

Les interrupteurs électriques sont encore en porcelaine tandis qu’un plafond le large néon aveuglant à remplacer le plafonnier.

Dans la cuisine de ma grand-mère

Et puis il y a des objets insolites tel ce vase en cuivre martelé à décor de feuilles de vigne dont grand-mère me raconte souvent que c’est un obus de la Grande guerre rapporté par son frère.

J’ai le droit de jouer avec le prisme pyramidal. Je connais le nom de cet objet en verre mais je n’ai jamais vraiment su à quoi il avait bien pu servir et de qui mes grands-parents le tenaient. En tout cas, lorsqu’on regarde dedans, on y voit les couleurs de l’arc-en-ciel et des images complètement déformées.  

Les vrais objets conservés dans la famille
Les vrais objets conservés dans la famille

Les vrais objets conservés dans la famille

Dans un recoin tout sombre, l’on trouve le petit évier émaillé sur lequel il faut superposer deux bassines pour faire la vaisselle. Au-dessous de l’évier, l’on range  la poubelle, la pelle et la balayette cachées par un petit rideau.

Les torchons sèchent au-dessus du tuyau à anneaux de la chaudière alors que sur le feu la cocotte-minute ronronne préparant  le délicieux veau à la tomate, mon plat préféré.

Je me sens bien dans cette cuisine douillette.

Je m’installe hiver comme été sur le gros radiateur en fonte où je lis les malheurs de Sophie ou François le bossu.

Dans la cuisine de ma grand-mère

Il est l’heure de manger, je sors les assiettes dépareillées en faïence rustique et le saladier en arcopal.

Mémé m’apprend à faire la sauce de salade : moutarde, sel, poivre et une cuillerée de vinaigre pour trois d’huile. Elle me fait rajouter des petites herbes ciselées odorantes dont j’apprends le nom, de l’estragon. Il reste à rajouter les feuilles de laitue qu’on vient de secouer par la fenêtre dans le panier à salade grillagé.

Il faut encore moudre le café et j’adore appuyer sur le couvercle tout rond du moulin électrique. Il passera tout à l’heure dans cette étrange cafetière dont j’ai su des années plus tard qu’elle s’appelait à l’italienne.

Voici pépé qui rentre du bureau. Je lui saute au cou, lui laissant à peine le temps d’accrocher son chapeau. Il a deux heures de pause pour déjeuner et va avoir le temps de jouer avec moi.

Dans la cuisine de ma grand-mère
Dans la cuisine de ma grand-mère
Dans la cuisine de ma grand-mère
Dans la cuisine de ma grand-mère

En début d’après-midi, mémé prépare la confiture, celle que je préfère aux framboises juteuses.

Elle touille les fruits  rouges avec du sucre cristallisé et un jus de citron dans un chaudron en cuivre. Elle m’appelle pour écumer cette mousse odorante qui se forme en surface. Je mangerai l'écume toute chaude pour mon quatre heures.

Je m’en pourlèche déjà les babines.  

Elle verse ensuite la confiture dans des pots en verre cannelés.

Pendant qu’elle refroidit, elle fait fondre de la paraffine qu’elle coulera sur la confiture pour bien fermer les pots. Il restera ensuite à les recouvrir de petits papiers transparents et de les fixer avec des élastiques. Je collerais  enfin une étiquette :

Confiture de framboise 1972

Dans la cuisine de ma grand-mère
Dans la cuisine de ma grand-mère

Au-dessus du bahut, la pendule égraine les heures tranquilles de mon enfance choyée.

J’ai repris mon livre et je rêvasse sereine sur le radiateur en regardant les petits perroquets qui trempent leur museau dans le verre à pied.

Il faut aller jouer cocotte

La voix douce de ma mémé me réveille de ma torpeur, elle m’envoie courir dans le jardin.

Dans la cuisine de ma grand-mère

Rédigé par

Publié dans #Quand j'étais petite, #Autrefois

Repost 0
Commenter cet article