Fatma la marocaine

Publié le 1 Avril 2016

Fatma la marocaine

Elle est encore toute jeune lorsque son chemin croise celui du docteur quelque part au Maroc. Elle devient la nourrice des enfants, sa servante fidèle et fait bien vite partie de la famille.

A la fin du protectorat en 1956, le docteur regagne la France et Fatma abandonne son pays pour suivre la famille dans cette France si loin de ses racines.

Le docteur achète une clinique et Fatma devient son infirmière. Cette femme sait tout faire et se rend rapidement indispensable dans les petites chambres des opérés. Elle sert les repas, vide les bassins, fait rire les patients. Sa personnalité, son parler, ses robes colorées enchantent les malades qui l'adoptent immédiatement.

Elle est le rayon de soleil qui réchauffe les coeurs.

Quelques années plus tard, le vieux docteur aussi basané que sa fidèle servante se retire dans notre village pour jouir d'une retraite bien méritée. Il installe Fatma dans une maisonnette annexe de sa grande maison et Fatma poursuit son aide en faisant le ménage, le jardinage, les commissions.

Elle prend possession du bourg comme jadis de la clinique blanche.

Elle entre chez chacun, embrasse et tutoie les habitants, s'invite à boire le café...

Sa grande silhouette ne passe pas inaperçue lorsqu’elle traverse la place à grands pas, son cabas à carreaux ballotant à son bras.

Vêtue de multiples jupons, de robes bariolées, de corsages colorés et de voiles sur ses cheveux de jais, c’est l’exotisme assuré.

Son visage anguleux, brûlé par le soleil est tout parcheminé mais elle sourit tout le temps découvrant toutes ses dents en or.    

Son menton est scindé d’un trait tatoué et ses vieilles mains ridées exhibent des arabesques. Fatma est une berbère.

Chaque jour, je la croise dans les rues où elle promène sa gouaille et ses longues gounelles* et il est impossible d'échapper à ses baisers au goût de gitanes brunes. 

*jupes en patois Bourbonnais

Tous les trois ans, en mal du pays, elle repart au Maroc pour quelques mois de vacances mais inlassablement elle revient dans son village d'adoption.

Fatma adore les enfants, elle leur offre des bonbons, des surprises puis lorsqu’ils grandissent des cadeaux de mariage, de naissance. Une année, elle m'a rapporté du Maroc, deux bracelets en argent ciselé, je les ai toujours, précieusement conservés dans un petit coffret.

Et puis un jour, Fatma est morte et on l’a enterré dans coin du petit cimetière communal, bien loin de sa terre natale.

Au revoir Fatma la marocaine, tu restes dans nos mémoires.

Les barcelets offerts par Fatma

Les barcelets offerts par Fatma

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Publié dans #Quand j'étais petite

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