Le trousseau

Publié le 24 Janvier 2016

Le trousseau

Comme chaque mois de juin, la table de la salle à manger est encombrée de piles de linge à marquer.

Les petites étiquettes blanches tissées de rouge sont arrivées et maman n’a que quelques semaines pour les coudre à chaque pièce de vêtements avant mon départ en colonie de vacances.

Alors dès qu’elle a un moment de libre entre deux clients du magasin, elle tire l’aiguille.

Dès que les vêtements sont marqués, ils s’entassent sagement dans ma petite valise en carton.

Moi, j’aime bien préparer la trousse de toilette. C’est une belle trousse fleurie à trois pochettes.

Dans la première je mets un joli gobelet décoré de roses et son étui à brosse à dents assorti

Dans celle du milieu ma brosse à cheveux à picots métalliques, quelques barrettes, des élastiques et du shampoing   

Dans la dernière des cotons tiges  et une savonnette Camay toute neuve qui sent bon.

Le trousseau

Entre deux serviettes, je case le nécessaire à courrier avec son grand bloc quadrillé et les enveloppes  timbrées avec l’adresse de la maison et de celles de mémé, tata Monique et tata Aline.

 Une gourde en plastique jaune, un chapeau de soleil et l’indispensable KW qui prend peu de place et qu’on va trimballer un mois durant autour de notre taille. Il servira aussi à se bagarrer à bouts d’élastiques ou à marquer les bases du jeu de ballon prisonnier.

Ah, j’oubliais, très important une enveloppe avec 10 francs pour ramener un souvenir, Pig gadget, le Club des cinq et le trésor de l’ile et les réserves de bonbons et gâteaux.

Le trousseau

Une fois à la colo, la première après-midi est entièrement occupée à faire l’inventaire et à compter les petites culottes.

Grand bazar dans le box où toute l’équipe de petites filles fait connaissance en comparant les jolies robes et les maillots de bain.

« Tu t’appelles comment »

« Véronique et mon papa, il est épicier  et toi »

« Catherine et moi, mon papa, c'est le directeur de la colonie» rétorque ma voisine aux taches de rousseur.

 

Autant dire qu’on est devenues copines vite fait !

Le trousseau

La coutume en ce temps-là était de ramasser les friandises de tous les colons pour les mettre en commun et de nous les redistribuer équitablement chaque jour.

 

Mais une rumeur inquiétante circule entre les box

« Attention, les monos gardent les bonbons pour eux »

 

J’ai beau être petite, il ne me faut pas longtemps pour planquer mon butin.

Sucettes dans les chaussettes, paquets de gâteaux dans les manches d’un pull, Treets dans la trousse de toilette…

Ni vu, ni connu, je suis trop forte !

Le trousseau

Tout est enfin rangé dans le petit placard en bois.

Il reste à faire les lits et cette pauvre mono n’est pas au bout de ses peines. Elle veut absolument nous montrer comment rouler le drap autour du polochon.

 

Mais pour nous le polochon sert à se taper dessus dans de grands fous rires, ça démarre bien cette année.

 

Tient y’en a une qui est  partie aux cabinets.

« Et si on lui f’sait son lit en portefeuille » invente ma nouvelle meilleure amie.  J’me dis que j’risque rien, si on se fait prendre, son père c’est l’dirlo !

 

Et soudain, y’a une grande qui lance :

«  V’la Raymond, planquez-vous »

Raymond, c’est justement le dirlo. Il est gentil avec sa moustache mais faut quand même pas lui marcher sur les pieds.

 

Coup de sifflet dans le couloir, le dortoir se calme instantanément.

Le trousseau

Et c’est parti pour 4 semaines de jeux, de chants et de feux de camp…

 

Lorsqu’on ressortira les valises, la moitié d’entre nous aura perdu ses mouchoirs, sa casquette ou ses chaussettes et la mono inscrira tout ça bien soigneusement dans la deuxième case de la liste de nos trousseaux.

 

Mais on a les temps, les vacances ne font que commencer.

Un jour en colonie, la si, la sol…

Chanson Un jour en colonie

Rédigé par Véronique

Publié dans #Quand j'étais petite

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