Publié le 19 Juillet 2017

Le terrain

C’était comme ça que nous appelions l’aire de sport située derrière le préau de l’école primaire. C’était un grand carré de pelouse et un terrain de basket avec en bordure une poutre métallique, un portique à agrès et une piste de saut en longueur.

Je devais avoir une douzaine d’années lorsque j’ai commencé à fréquenter ce lieu avec d’autres enfants de mon âge. Cet espace plus éloigné de la place du village était désormais plus conforme à nos années adolescentes.

Nous jouions au basket sur le terrain goudronné et la moindre bousculade  nous valaient des chutes qui nous éraflaient les cuisses et nous couronnaient les genoux. Nous adorions le ballon prisonnier, les matchs de foot et les parties de rugby où nous nous plaquions au sol et roulions dans l’herbe comme de jeunes chiots. Les plus habiles grimpaient aux barres du portique et faisaient le cochon pendu, les grands bêtas escaladaient les panneaux de basket. Le terrain servait également à faire du patin à roulettes.

Et puis, il y avait ces concours d’opposition que nous faisions sur la poutre verte. Face à face, il s’agissait de lutter avec les mains pour  faire tomber l’adversaire. Thierry, un grand du bourg dégommait un à un les plus petits et il resta longtemps invaincu jusqu’à ce que vint mon tour. Bien déterminée, je le poussais de toutes mes forces avant qu’il n’ait eu le temps de reprendre son souffle et à mon grand étonnement, il tomba, il tomba et se cassa le bras.

Et oui, nos jeux d’enfants pouvaient être dangereux !

Deux ans plus tard, lorsque l’été revint, les garçons avaient troqué leurs bicyclettes contre des scooters qu’ils faisaient pétarader pour nous épater.

Aujourd’hui encore, lorsque je vois des jeunes gens cabrer leur engin et que je sens l’odeur de « mobylette », les souvenirs de mes quatorze ans refluent dans ma tête.

« Les filles, rendez-vous ce soir au terrain ! »

nous lançaient les Casanova en herbe.

Ce ne fut pas une mince affaire que de convaincre les parents d’aller un moment au terrain après dîner. Il fallut dire qui serait là, promettre de ne pas faire de bêtises et de renter à l’heure. Sitôt le dessert avalé, notre bande de jeunes aux cheveux longs et aux blues-jeans à paths d’éph se dirigeaient joyeusement vers le terrain. Quelles étaient douces nos soirées d’été. Une radio à la main, nous écoutions le hit-parade et reprenions en cœur Ti amo  d’Umberto Tozzi ou You're the one that I want de John Travolta.

Et puis sevrés d’activités, nous nous asseyions en cercle dans l'herbe chauffée par le soleil de la journée et nous refaisions le monde, gouttant à l’ivresse de cette toute jeune liberté.  

Souvent le silence nous rattrapait au fur et à mesure que le soleil déclinait. Le chant des grillons prenait alors toute la place, ils stridulaient invisibles dans le gazon coupé ras. Nous nous mettions à plat ventre pour les dénicher de leur trou ou cherchions quelques trèfles à quatre feuilles pour nous porter bonheur.

L’heure arrivait toujours trop vite mais nous savions que pour revenir demain, il fallait rentrer sans barguigner !

Bonne nuit les copains !

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Publié le 7 Mars 2017

Souvenirs du dimanche

Chaque dimanche les cloches sonnent à la volée pour annoncer la messe et tandis que les femmes et les gamins se pressent sur le parvis de l’église, les hommes se rendent au bistrot, au tabac ou au poste d’essence.

Comme tous les enfants du catéchisme, je m’installe sur les bancs de devant de la petite église du village, les filles à droite, les garçons à gauche. A tour de rôle, l’abbé nous demande de lire et remplis de fierté nous nous levons au pupitre. Deux autres enfants sont choisis pour faire la quête. Dans un rituel bien rodé, ils tendent les troncs de chaque côté des allées puis effectuent une génuflexion impeccable devant l’autel avant de porter les oboles à la sacristie.

En fin de matinée, à la sortie de l’office, le magasin familial est assiégé. Les ménagères profitent d’être au bourg pour faire leurs emplettes et les enfants restent indécis, de longues minutes durant, devant le rayon des bonbons, hésitant interminablement entre les multiples friandises

Mes parents s’affairent d’un client à l’autre, ma mère dans la boutique, mon père faisant des allers-retours du dépôt aux voitures de ses clients pour charger une caisse de vin, une bouteille de gaz ou un sac de granulés pour le bétail.

Ma mère renseigne patiemment les clientes les plus exigeantes en recherche d’un écheveau de fil à broder n°12 ou d’une paire de pantoufles fourrées et elle jongle entre la balance semi-automatique à deux plateaux et la trancheuse à jambon. Elle fourre une poignée de bonbons dans un sac en papier kraft du gosse qui n’arrive pas à se décider et encaisse un franc, elle attrape un bibelot en vitrine et court faire un paquet cadeau. Toujours souriante dans sa blouse blanche, elle reste aimable y compris devant les réflexions de quelques mégères qui s’offusquent des prix plus élevés qu’au supermarché de la ville. L’autre jour, il y en a même une qui a trituré une salade et l’a reposé en rayon la déclarant peu fraiche. L’épicière doit avoir un excellent caractère et se souvenir sans cesse que le client est roi.

Les jours d’affluence le pépé laisse son journal pour tenir la toute nouvelle caisse enregistreuse qui remplace depuis peu la vieille machine à calculer. La mémé elle ne parvient pas à abandonner son petit carnet publicitaire qui lui sert à faire les comptes. Le dimanche, on préfère la savoir dans sa cuisine où à peine rentrée de l’église, elle quitte son fichu, enfile ses savates et son tablier de nylon et s’active à préparer le repas dominical. Le menu est quasi immuable : tomates en salade en été ou friands à la viande en hiver, lapin à la moutarde ou poulet rôti avec des pommes de terre sautées, charlotte au chocolat ou clafoutis aux fruits du jardin en dessert.

Le dimanche, la fermeture du magasin s’éternise, il n’est pas question de mettre les clients dehors. Nous, les enfants avons appris, au fil des années, à patienter, à aller aider à rentrer les présentoirs, à fermer les stores, à passer un coup de balai. Mon père ramasse sa caisse, ne laissant que la petite monnaie. Chaque jour, je le vois compter les billets et les épingler par paquet de dix. Avec mes yeux d’enfant, je le crois riche et il m’explique que la recette n’est que le chiffre d’affaires et non pas le bénéfice.

Nous nous mettons à table à l’heure du petit rapporteur de Jacques Martin que nous regardons en mangeant.

Le café avalé, mon père et mon grand-père allument une pipe ou un gros cigare. Mon frère et moi grimpons alors sur les genoux paternels. L’enfance c’est aussi simple et doux que cela, une famille réunit après un dur labeur, une moustache de chocolat, une fumée de havane odorant, un présentateur qui chante à la pêche aux moules et l’amour de ses parents.

 

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Publié le 5 Février 2017

Cet article est reposté depuis Je t'aime Alzheimer.

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Publié le 29 Janvier 2017

J'ai lu "Chacun pour soi" de Claude Bourgeyx

Une succession de courtes scènes qui nous transporte allez savoir où ? Dans la vie quotidienne, au comptoir d’un bar, dans la rue, dans un salon anonyme ou carrément dans un hôpital psychiatrique !
Claude Bourgeyx joue avec les mots et du jeu de mots au jeu d’esprit il n’y a qu’un pas que l’auteur franchit sans vergogne.
Il se moque de lui, de nous, de l’homme et de la femme d’à côté et même du président de la république.
Chacun reconnaitra quelqu’un de sa connaissance, son collègue, sa femme, sa grand-mère ou lui-même. Non ? Mais si !
Tous les dialogues démarrent par des phrases clichés que nous prononçons tous pour engager une conversation banale. Des mots creux, drôles, sarcastiques ou affligeants comme ces dialogues de sourds où personne ne s’écoute, où chacun veut détenir la vérité, où le mot dialogue n’est même pas approprié tant les interlocuteurs ne sont pas sur la même longueur d’ondes. Chacun pour soi !
L’auteur se promène avec un humour grinçant et parfois au-dessous de la ceinture dans quelques sujets de société tels les addictions, le handicap, l’écologie, la solitude, Alzheimer….
Il aborde également la mort, la maladie, le veuvage, toutes ces épreuves inévitables dont il se joue à coups de bons mots.
Cet enchaînement de petits sketches fait un peu rire jaune tant le second degré peut faire mouche en nous bousculant, en disant la vérité vraie.
A lire aux toilettes par exemple pour ne pas trop se prendre le chou.

J'ai lu ce livre dans le cadre de l'opération masse critique de Babelio

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Publié le 1 Janvier 2017

Bleu et bois pour l'entrée, l'escalier et la mezzanine de ma maison de 1990

C'est un changement radical de l’entrée, de la cage d’escalier et de la mezzanine de ma maison datant de 1990.

J’ai fait le choix de conserver le bois mais de le marier avec du bleu pour offrir un air un peu plus tendance à mon habitation. 

Les murs ont été tapissés de papier blanc puis peints en gris/bleu.

Un ton plus soutenu de bleu électrique a été appliqué par touches pour bien faire ressortir le bois et les éléments de décoration.

Pour la décoration, j’ai choisi des objets et des textiles avec des nuances d’ocre, des dégradés de bleu et de gris ainsi que du métal doré.

Je vous laisse découvrir le résultat.

Le début du chantier
Le début du chantier
Le début du chantier
Le début du chantier

Le début du chantier

Les éléments de déco de l'entrée
Les éléments de déco de l'entrée
Les éléments de déco de l'entrée
Les éléments de déco de l'entrée
Les éléments de déco de l'entrée

Les éléments de déco de l'entrée

L'escalier
L'escalier
L'escalier
L'escalier

L'escalier

Les éléments de décoration de l'escalier
Les éléments de décoration de l'escalier
Les éléments de décoration de l'escalier
Les éléments de décoration de l'escalier

Les éléments de décoration de l'escalier

La mezzanine
La mezzanine
La mezzanine
La mezzanine

La mezzanine

Les éléments de décoration de la mezzanine
Les éléments de décoration de la mezzanine
Les éléments de décoration de la mezzanine
Les éléments de décoration de la mezzanine
Les éléments de décoration de la mezzanine
Les éléments de décoration de la mezzanine
Les éléments de décoration de la mezzanine
Les éléments de décoration de la mezzanine

Les éléments de décoration de la mezzanine

Les luminaires
Les luminaires
Les luminaires

Les luminaires

Le parquet et le rideau de la mezzanine - Paillasson
Le parquet et le rideau de la mezzanine - Paillasson

Le parquet et le rideau de la mezzanine - Paillasson

Les cadres et le miroir de l'escalier; les rideaux, le vase, la cache pot, le cadre, la pendule de l'entrée; le bout de canapé, les carnets, les bougies de la mezzanine viennent de chez Maisons du monde , inspiration Portobello (merci au père Noël).

Les housses de coussins et le petit rideau de l'escalier ont été confectionnés avec un rideau supplémentaire (merci maman).

J'ai réutilisé les cadres et miroirs dorés, la banquette et l'étagère de la mezzanine, le fauteuil de l'entrée qui existaient dans l'ancienne décoration.

Les photos de la mezzanine sont personnelles et l'aquarelle représentant l'église de mon village d'enfance m'a été offerte.

Le petit fauteuil crapaud gris de la mezzanine vient de chez But.

Le parquet de référence Artens chêne brume vient de chez Leroy Merlin.

Les luminaires composables viennent de chez Leroy Merlin.

Les tapis/paillassons viennent de la boutique Designshop/Amazon.

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Publié dans #Diy et Déco

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Publié le 24 Décembre 2016

Rituels de Noël chez Rolande

C’est l’effervescence chez Rolande quand revient Noël. C’est le jour où la maison et les convives revêtent leurs habits de fête. D’ailleurs peu importe si ce n’est pas précisément le 25 décembre, l’essentiel est de trouver une date qui rassemble la vingtaine de membres de la famille.

Rolande à 88 ans, c’est son dernier Noël mais elle ne le sait pas et l’on ne le sait pas. On ne sait jamais lorsque c’est la dernière fois et c’est pour ça qu’il est si important d’être là lorsqu’il est encore temps.

Pour le moment, elle trottine du four à la cave, de la salle à manger à la cuisine.

Le jour est arrivé et tout à l’heure la petite maison raisonnera des cavalcades des enfants, des rires des ados, des conversations des plus grands.

Tout est prêt, la grosse dinde repose sur le rebord de la cuisinière, elle embaume jusqu’au jardin, elle est dorée à point entourée de ses oignons caramélisées. Les asperges et leur sauce mousseline sont prêtes à déguster, le foie gras et ses toasts attendent d’être dressés.

La table de la salle à manger est démesurément longue et encombre tout l’espace, Rolande a rajouté des chaises et des tabourets et a sorti la nappe de fête, la vaisselle en porcelaine, les couverts en argent, les serviettes brodées….

Derrière la table, il y a le long buffet surmonté d’un grand miroir. Sur le buffet une collection hétéroclite de bibelots, de fleurs séchées, d’assiettes pour le service, la soupière en gré remplie de pâtes de coing et l’immense compotier débordant de clémentines, de noix et de raisins.

Rolande a accroché des guirlandes ici et là, dans le philodendron, dans le bouquet de chardons, après le cadre du pépé. Il y a des banderoles « Joyeux Noël » et « Bonne année » qui sont accrochées aux lustres rustiques. Le décor est désuet mais nous n’en voulons pas d’autre tant il nous est familier et rassurant.

A midi, les invités arrivent et entrent dans la danse des embrassades, de la joie de se retrouver, de l’émerveillement des enfants qui ont grandi, des questionnements du devenir des uns et des autres. Et l’on trinque à la santé de chacun en grignotant des mises en bouche.

Rolande préside au bout de la table, du côté de la cuisine, prête à jaillir à la moindre demande. Dans un rituel organisé se sont pourtant les convives qui à tour de rôle servent et desservent pour que la maitresse des lieux se repose et profite des siens. Les mets s’enchainent entrecoupés d’une blagounette, d’un jeu, d’une devinette…Les petits récitent quelques poèmes ou chantent papa Noël. Et puis voici les bûches, elles arrivent sur la table avec toujours un grand succès. Je sais qu’il y aura ma préférée au grand marnier tandis que d’autres se lèchent déjà les babines de celles au chocolat ou praliné. Les enfants réclament un champignon en meringue ou l’un des personnages décoratifs. Mémé Rolande sort ses coupes, de vieilles coupes en cristal ciselé qui datent de son mariage tandis que le bouchon de champagne saute dans un cri de joie général. Et l’on trinque à nouveau en trempant nos lèvres dans les bulles de la fête.

Et puis c’est l’heure de la vaisselle avec son organisation rodée pour débarrasser et faire la chaine devant le minuscule évier de la cuisine. Quelqu’un enfile le tablier en plastique de mémé et rempli de Paic le bac en inox, les femmes essuient, les hommes remportent la vaisselle propre, les gamins courent partout.

Puis peu à peu de petits groupes se forment, on papote dans un coin, on joue à la belote, au Trivial Poursuit, on organise des défis et mémé sort les assiettes de chocolats que l’on picore de gourmandise jusqu’au soir venu.

Vers les 20H, on se remet à table sans faim pour un petit potage, une tranche de galantine et le reste de la dinde avec une salade. Arrivés au dessert, Rolande s’éclipse doucement et chacun fait mine de se demander où elle a bien pu passer. Elle revient peu après, les bras chargés de cartons.

C’est l’heure de la distribution !

Dans une hiérarchie immuable, chacun reçoit ses petits cadeaux.

Les bébés ont droit à une boite de boudoirs et un petit jouet.

Les enfants reçoivent un jouet, une enveloppe et un sachet de chocolats.

Les couples de ses petits-enfants touchent une boite de chocolats et une enveloppe.

Les couples de ses enfants une boite de biscuits Delacre pour les dames, un sachet de chocolats pour les hommes et une enveloppe.

A notre tour, nous offrons quelques présents à Rolande et d’une année sur l’autre, elle s’extasie d’un nouveau chapeau, d’une robe de chambre, d’un repose pied, d’un micro-ondes ou d’un collier…

La nuit avance, il est l’heure de plier la table, de ranger les chaises et la vaisselle… La salle parait d’un coup immense et l’on ferme les persiennes qui étaient restées ouvertes.

Demain blottie dans son fauteuil devant les chiffres et les lettres, Rolande sourira encore de cette belle journée de fête.

 

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Publié le 12 Décembre 2016

Le miracle de Noël à la résidence Forward (Conte de Noël)

Cinq ans que Chelsea allait où la poussait ses missions d’intérim, incapable de rester plus de quelques semaines à la même place.

En ce mois de décembre, elle revenait travailler à la résidence Forward et comme chaque année elle se dit qu’ici, il y avait quelque chose de différent.

C’était peut-être cet esprit de Noël qui flottait dans l’air, c’était peut-être la proximité
de son village d’enfance, c’était peut-être la joie de revoir Mme Smith ? 

Onze mois durant, elle pensait souvent à Mme Smith avec la peur d’apprendre qu’elle était décédée.

Chelsea s’était instantanément attachée à cette résidente lorsque leurs regards s’étaient croisés pour la première fois.

Elle se revit sortant du secrétariat alors que la vieille dame en franchissait le seuil accroché au bras de sa fille Elle la revit toute menue dans son manteau trop grand, une petite valise à ses pieds, immobile, indifférente à l’agitation. Elle se revit dans sa blouse blanche toute neuve, son livret d’accueil dans les mains.

Chelsea sourit et la dame la regarda avec un regard de détresse qu’elle n’oublierait jamais.

Elles se retrouvèrent peu après dans une petite chambre vide. Mme Smith pleurait doucement, prostrée dans un fauteuil, elle n’avait pas voulu quitter son manteau. D’une voix suraiguë, elle appelait « Jenna » à intervalles réguliers. Sa valise était échouée sur le lit et sa fille était repartie. 

Chelsea s’agenouilla aux pieds de la nonagénaire et lui parla à voix basse. Mme Smith releva la tête et leurs yeux s’accrochèrent pour la deuxième fois.

N’ayez pas peur, je suis là lui dit-elle, vous êtes à la résidence pour personnes âgées, je vais vous aider à retirer votre manteau, vous devez avoir chaud ?

Apaisée par la voix calme, Mme Smith accepta de se dévêtir et d’ouvrir sa valise. Sur les vêtements pliés, Chelsea vit un cadre soigneusement enveloppé dans du papier de soie. Sur l’image en noir et blanc il y avait une famille des années cinquante, le père, la mère et deux fillettes. Tous les quatre portaient des chemisettes blanches et des canotiers. Ils étaient appuyés sur un muret en bord de mer. Au bas de la photo, il y avait une inscription Biarritz, France, 1949.

 Chelsea tendit le cadre à Mme Smith et elle la vit esquisser un sourire. Un doigt frêle souligna lentement chacun des personnages tandis qu’une petite voix énonçait : là c’est moi et mon mari et celle-là, c’est Jenna et là, voici Abby.

Mme Smith s’habitua assez rapidement malgré sa maladie d’Alzheimer qui progressait à grands pas. Bientôt elle ne put plus parler et un jour elle ne reconnut plus ses filles. Le couloir devint son nouveau domaine qu’elle arpentait du matin jusqu’au soir en serrant tout contre elle un sac à main en vieux cuir.

D’une année sur l’autre Chelsea retrouvait sa préférée, elle avait repris du poids et semblait sereine à Forward. Sa chambre était maintenant remplie de bibelots, de souvenirs, de photos.  

Mais ce 1er décembre 2016, Chelsea ne la vit pas dans son couloir bleu. Son cœur s’emballât, où était Mme Smith ? Elle suivait les avis d’obsèques, elle l’aurait su quand même si elle était morte !

Chelsea se renseigna et on lui de dit que Mme Smith était tombée tête première dans l’escalier et que si elle ne s’était rien cassée, elle n’avait plus jamais plus remarché depuis deux mois. Chelsea descendit au grand salon et elle eut du mal à se frayer un chemin entre les décorations qui encombraient le sol. Avidement, elle la cherchât des yeux et la vit soudain recroquevillée dans un coin. Elle vit son visage triste, ses yeux plissés, sa bouche contractée et ses rides qui se perdaient dans ses cheveux d’argent. Elle vit sa robe redevenue trop lâche qui recouvrait son corps amaigri. Comme une naufragée accrochée à un radeau, elle était agrippée à un ours en peluche. On aurait dit que toute sa vie avait migré aux bouts de ses doigts et que c’est pour ça qu’elle ne lâchait plus cet ourson qui la rattachait à la terre.

Le lendemain matin, Chelsea voulut aider pour la toilette et on lui répondit qu’on n’avait pas besoin d’elle. Elle referma la porte et elle ne sait pas pourquoi, elle resta là. C’est alors qu’elle l’entendit geindre de l’autre côté de la cloison. Chelsea comprit qu’on avait découvert Mme Smith et que le froid l’incommodait. Chelsea entrebâilla la porte au moment où le pauvre corps gourd de la résidente roula sur le côté et que la préposée aux soins lui posa les mains sur le métal glacé de la barre de sécurité. Mme Smith hoquetait presque imperceptiblement et son corps était si raide qu’on aurait dit une planche noueuse. Lorsqu’on la mit assise et qu’on voulut la lever, elle battit des bras pour chasser les mains qui la contenaient avec peine.  On lui fit plier les genoux dans un fauteuil que l’on roula ensuite en dehors de la chambre.

Les deux préposées virent alors Chelsea et lui demandèrent ce qu’elle faisait là.

Je l’ai entendu pleurer répondit simplement la jeune femme et elle demanda ensuite pourquoi les méthodes de soins bien traitantes n’étaient plus utilisées.

 Ses collègues haussèrent les épaules en rétorquant qu’on avait plus le temps.

Les jours suivants, Chelsea se débrouilla pour être affectée au couloir bleu et mit en œuvre toutes ses compétences pour parvenir à capter à nouveau les yeux gris de Mme Smith.

 Elle s’assit à ses côtés, prit le temps de lui parler, de la toucher avec précaution, de ne pas la découvrir complètement. Elle lui détailla tous les gestes qu’elle effectuait et ne cessa de lui dire des mots tendres pour qu’elle n’ait pas peur. Elle recouvrit la barre froide d’une couverture pour ce transfert si délicat nécessaire pour nettoyer le dos et les fesses. Puis elle la prit dans ses bras et la remercia de l’avoir si bien aidé dans ses soins matinaux.  

Peu après, assises toutes les deux au bord du lit, elles dialoguaient des regards quand soudain un bredouillage joyeux raisonna dans l’alcôve. Des mots mystérieux ne cessaient de sortir de la bouche fripée, elle semblait conter une histoire infinie. Chelsea répondait gaiement aux intonations de la vieille dame, ces deux-là conversaient et semblaient si heureuses de s’être retrouvées.

Quand elle la sentit prête, Chelsea la mit debout à l’aide d’une seconde soignante. Soutenue sous les bras, Mme Smith mit un pied devant l’autre et se mit à marcher à petits pas timides puis peu à peu assurés.

Arrivée à bon port, elle parlait encore, un sourire nouveau accroché à ses lèvres. Chelsea fut si émue qu’elle laissa couler une larme de joie dans le giron de son ainée. Cette dernière posa alors ses lèvres sur la joue duveteuse de la jeune soignante et y déposa un délicat baiser.

 

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Publié le 6 Décembre 2016

Paris/Aubervilliers, hiver 1984

Paris gare de Lyon 

Emmitouflée dans ma doudoune blanche, une valise à la main et mon sac au dos, je débarque sur le quai le cœur battant.

Happée par les passagers qui se pressent rapidement vers la sortie,  je me retrouve bientôt sous la verrière. Chacun a l’air de parfaitement savoir où il va et moi je me fige, seule au monde, au milieu de cette ruche bourdonnante. La tête me tourne de toutes ces indications qui m’agressent : Métros, Bus, Taxis, Sorties….  

Je connais pourtant mon itinéraire par cœur, je l’ai étudié au moins dix fois dans ses moindres détails et j’ai dans la poche mon petit guide rouge au cas où.

Le malaise est passé, croulant sous mon barda,  je bouge à nouveau, en direction du métro. Un jeune homme me bouscule dans les escaliers et dévale les marches quatre à quatre. Un tuuuuut indique que les portes vont bientôt se refermer mais il saute malgré tout in extrémis dans la rame et esquive la porte dans un déhanché trahissant l’habitude. J’entends ensuite un couinement métallique et je vois le train s’engouffrer sous le tunnel noir. 

Je me range prudemment le long du mur en regardant avec peur la fosse au fond de laquelle courent les rails électrifiés. En attendant le train suivant, je scrute curieuse cet environnement insolite. Les néons blafards éclairent la station, sur le quai au mur carrelé se détachent en lettres blanches sur fond bleu "Gare de Lyon" , un clochard est étendu de tout son long sur des sièges en plastique, à ses pieds une bouteille de vin à demi pleine et un sac poubelle qui cache à peine ses quelques hardes.

Le silence se fait quelques secondes puis l’on entend de nouveau le grincement du métro et le claquement des portes qui s’ouvrent.

A peine suis-je montée dans la rame que la sonnerie longue et stridente retentit. Les voyageurs s’entassent, casent leurs valises entre leurs pieds. Les odeurs se mêlent, les corps se touchent, les mains s’accrochent aux barres métalliques maculés de traces  de doigts sales. La rame s’ébranle en secouant ses passagers, je m’habitue aux bruits de ferrailles, aux grincements des freins, aux sonneries monocordes, aux portes automatiques qui s’ouvrent et se referment à chaque station. Accrochée à mon sac à main en bandoulière, je jette régulièrement  un coup œil à la ligne affichée au-dessus de la porte. Je descends à Châtelet et je me surprends comme les autres à accélérer la cadence dans les interminables couloirs.

Puis je me pose sur un strapontin dans une rame presque vite et je suis des yeux le défilé des stations avant de descendre à mon terminus  Aubervilliers Quatre chemins.

Aubervilliers

 En  descendant la grande avenue, le choc est grand. Où sont mon petit village, le magasin de mes parents, ma maison douillette, mes amis d’enfance, mon chéri...Je suis de nouveau perdue dans la grande ville, seule sur un bout de trottoir où une foule cosmopolite va et vient indifférente à ma présence. Je soupire résignée et je me dirige courageusement vers le foyer de jeunes travailleurs qui va m’héberger durant trois années.

Je découvre un immeuble de neuf étages aux façades ornées de plaques en béton moulurés et de carrés  colorés.  Je suis exténuée et bien contente de découvrir enfin  mon domaine. Je loge au 4ème étage, tout au bout d’un couloir. La chambre aux rideaux jaunes dispose d’un petit lit, d’une commode avec un plan de travail amovible qui s’adapte astucieusement sur le bois du lit. Il y a un lavabo caché derrière un rideau et un petit placard / penderie. La fenêtre s’ouvre sur un minuscule rebord qui servira l’hiver de réfrigérateur et l’été de sèche-linge. La vue est imprenable sur la caserne des pompiers en construction et sur la ville grise. Les douches et les toilettes sont au palier, le self-service au 9ème étage.

J’ai l’impression de me retrouver à l’internat du lycée, la liberté de mouvements en sus.

Toute la journée, un haut-parleur appelle des locataires au téléphone, on prend la ligne sur le palier pour des conversations dont profite tout l’étage. 

Les premiers temps des voisins bien intentionnés ne cessent de venir frapper à ma porte pour me souhaiter la bienvenue, m’inviter à boire un pot ou m’emprunter un fer à repasser à trois heures du matin.

J’ai envie de pleurer, j’ai peur et je me demande ce que je fais là. Je ne suis encore qu’une gamine de 19 ans mais je ne peux plus reculer, je démarre le lendemain matin mon 1ère emploi au centre de recherches Rhône-Poulenc  et ça c’est quand même une belle opportunité!

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Publié le 1 Décembre 2016

Bonhommes d'hiver

Le temps de l’Avent permet d’attendre et de préparer Noël. Quatre semaines pour fabriquer ses décos, acheter les cadeaux, parer la maison de lumières.

Je vous propose aujourd’hui des fabriquer de classiques bonhommes de neige avec des chaussettes.

Il vous faut

*Des chaussettes  

* Du riz

* Des ciseaux

* De la colle forte

* De la ficelle de cuisine

* Des boutons, rubans, fleurs, bricoles....

 

  1. Couper la chaussette au-dessus du talon
  2. La remplir de riz et la fermer avec un morceau de ficelle
  3. Nouer au ¾ de la chaussette pour faire la tête

 

 

 

  1. Récupérer l’autre morceau, nouer l’extrémité : Vous avez le bonnet
  2. Coller les yeux, nez, bouche (perles, boutons, feutrine….)
  3. Habiller votre bonhomme avec des rubans, chutes de tissus…..

J’ai utilisé un cadre photo KVADphoto+Pro pour mettre mes bonhommes en valeur.

Cette réalisation m’a remis en mémoire ce poème d’enfance.

Doux souvenirs d’école où après la récréation l’on recopiait la poésie en s’appliquant.

Les crayons de couleurs illustraient ensuite le beau texte au gré de nos jeunes imaginations.  

 

Bonhommes d'hiverBonhommes d'hiver
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Publié le 29 Novembre 2016

Décorations de sapin de Noël en pâte autodurcissante
Décorations de sapin de Noël en pâte autodurcissante
Décorations de sapin de Noël en pâte autodurcissante

Il vous faut :

* 1 mesure de bicarbonate de sodium

*  1 mesure de fécule de maïs

*  1 mesure d’eau

*  1 casserole

* Un rouleau à pâtisserie

*  1 paille

*  Des emporte-pièces

*  Des petits pinceaux

*  De la peinture pailletée  

*  Des rubans

Décorations de sapin de Noël en pâte autodurcissante
Décorations de sapin de Noël en pâte autodurcissante
Décorations de sapin de Noël en pâte autodurcissante
Décorations de sapin de Noël en pâte autodurcissante
Décorations de sapin de Noël en pâte autodurcissante
  1. Mélanger le bicarbonate et la fécule de maïs
  2. Ajouter l’eau et bien mélanger
  3. Faire chauffer à feu doux jusqu’à obtenir une boule qui se détache de la casserole
  4. Laisser refroidir
  5. Etaler la pâte et emportepiècer
  6. Percer vos réalisations avec une paille

Le temps de prise complète est d’environ 3 jours

La pâte se conserve plusieurs jours dans une boite hermétique au réfrigérateur (la ré humidifier si elle a un peu séchée).

 
  1. Peindre vos sujets avec la peinture à paillettes
  2. Enfiler les rubans

Et tout est prêt pour sublimer votre sapin !

Décorations de sapin de Noël en pâte autodurcissante
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Publié dans #Diy et Déco

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